Hello, Hello chers Tous !

[Petite note de midi : plutôt que de me marrer toute seule dans mon coin, je viens partager avec vous une info capitale puisqu'elle concerne ma tenue du jour : pull en cachemire bleu pétrole, jean slim noir et derby vernies rouges. Et oui, en ce premier jour du Mois anglais, mon inconscient m'a drapée de l'Union Jack, huhuhu ^^. Allez, je file, mes Chers, Ginger et Rosa m'attendent au cinéma : les années 60 in London, ça promet ;). Bon samedi !]

Il est probable que les mathématiques puissent offrir une réponse tout à fait sensée au phénomène  qui m'interroge depuis quelques semaines mais je préfère garder mon innocence et croire en ma chance pour expliquer cette avalanche de coups de coeur dont je suis l'heureuse victime !

Alors que la littérature de jeunesse m'avait mise face à pas mal de déceptions ces derniers temps (style trop simpliste, histoire sans grande profondeur dont on devine chaque rebondissement, personnages niais,...) Waterloo Necropolis a racheté, en trois cents pages, des heures de lecture peu réjouissantes. Il était donc tout à fait logique que j'inaugure mon Mois anglais avec une chronique rien que pour lui qui m'a permis de découvrir une auteure ainsi qu'une maison d'édition, Les Grandes Personnes, dont je vais scruter le catalogue de près.

waterloo necropolis

Londres, 1861. Nous faisons la connaissance de Grace, une jeune fille de seize ans, au moment où elle s'apprête à rejoindre, par l'express funéraire, le cimetière de Brookwood afin de se séparer d'un être cher. Lors de cette douloureuse expédition, elle croise la route de plusieurs personnes qui changeront, au fil des pages, son destin : un jeune homme absolument charmant, venu dire adieu à sa soeur, ainsi qu'un couple mal-intentionné, les Unwin, entrepreneurs de pompes funèbres qui, séduit par son visage tragique, lui offrent de devenir pleureuse d'enterrement. C'est avec deux cartes de visite en poche que Grace rejoint son piteux logis, une pièce froide et lugubre qu'elle partage avec sa soeur Lily, au sein d'une maison tenue par une femme au grand coeur.

Les présentations sont faites et l'histoire de ces deux soeurs peut alors se dérouler sous nos yeux captifs. En effet, dès le début du roman, l'auteure parvient à instaurer une ambiance -celle de Londres à l'époque victorienne-, un ton, un rythme parfaitement séduisants.

Le roman se découpe alors en trois grandes parties, d'environ cent pages chacune -c'est du moins ce qu'il m'a semblé, car elle ne sont pas explicitement délimitées-. Néanmoins, on compte bien trente chapitres, chacun surmonté d'un chapeau, reprenant l'annonce d'un journal, un faire-part, une pensée de Dickens,... Une riche idée -même si déjà vue- que j'ai fort appréciée.

Dans un premier temps, nous approchons le quotidien de Grace et Lily ; un quotidien misérable, placé sous le signe de la survie, fait de coups durs et de maigres satisfactions. On découvre à travers leurs yeux la vie des miséreux prêts à tout pour un morceau de pain, une pièce, la certitude d'avoir un toit au-dessus de la tête une nuit de plus. Les mésaventures auxquelles les deux orphelines sont confrontées sont extrêmement cruelles : se révèlent peu à peu leur passé et les terribles épreuves par lesquelles elles ont dû passer.

Par un énième coup de sort, lorsqu'elles se retrouvent à la rue, Grace décide d'accepter l'offre des Unwin et s'ouvre alors la deuxième partie qui nous entraîne dans le monde hypocrite et malhonnête du commerce funéraire. Les Unwin et l'un de leurs parents ne tardent pas à nous dévoiler leurs vrais visages ainsi que leurs manigances visant à s'emparer d'un héritage dont ils ont eu vent par le biais d'une annonce dans le journal.

Très rapidement, il est évident que les deux héroïnes ont tout à voir avec cette obscure affaire et qu'elles sont les victimes d'un odieux complot qui devra être déjoué dans une troisième partie qui permet à toutes les pièces d'un machiavélique puzzle de se mettre en place afin de lever le voile sur de nombreux secrets dont pourrait bien dépendre le cours de leur existence.

londres victorienne

Rythme soutenu mais aussi style impeccable ce roman glaçant m'a totalement séduite. Si la première partie nous entraîne dans une véritable descente aux Enfers à laquelle ont pourrait être en peine de croire, le contexte historique nourri avec une grande précision par l'auteure, nous amène nécessairement à revoir notre jugement et à adhérer au récit. Détails historiques mais aussi descriptions nombreuses et soignées (Ah ! Cet épais brouillard qui nous enveloppe en permanence !) rendent l'ensemble très vivant et nous invitent à une promenade à travers les différents quartiers de Londres : nous en reconnaissons les noms mais aussi les ambiances, passant des magasins de luxe, où se pressent Ladies et Gentlemen, aux trottoirs poussiéreux qu'arpentent inlassablement des silhouettes sorties tout droit d'un roman de Dickens (qui nous gratifie de quelques apparitions d'ailleurs, pour notre plus grand plaisir !). Il est évident que l'auteure ne se moque pas de son lectorat, jeune ou moins jeune, et si certaines ficelles sont un peu trop grosses pour ne pas être instantanément remontées, elle parvient à multiplier les intrigues et les personnages secondaires qui -peu à peu- prennent de l'ampleur, afin de brouiller certaines pistes et de surprendre en permanence un lecteur toujours tenu en haleine grâce à une nouvelle révélation, un secret esquissé et laissé en suspens.

Par ailleurs, j'ai trouvé les personnages -les bons comme les mauvais, les principaux comme les secondaires- très fouillés (leur caractère, leur psychologie, leur physique, leurs vêtements -tout particulièrement ceux de deuil-) au point qu'ils s'animent littéralement et participent activement à la tension créée par l'action. En effet, l'auteure a su trouver l'équilibre parfait entre portrait socio-historique, proche du documentaire (en témoigne le dossier en annexe qui nous apporte de nombreuses précisions historiques, idéales pour éclairer et approfondir certains points de l'oeuvre), et roman de (més)aventures d'une richesse telle qu'on ne peut le lâcher. Je me suis particulièrement attachée à Grace au cours de ma lecture, une jeune femme intelligente, honnête et courageuse ; sa relation tendre et complice avec Lily, est émouvante sans jamais sombrer dans le pathétique, tout comme l'ensemble du roman d'ailleurs, qui nous entraîne au coeur de la misère, dans les bas-fonds londoniens, sans nous faire subir un misérabilisme plombant. J'ai aimé me trouver aux côtés de Grace, dans les rues de Londres comme dans ses nombreux combats menés contre les injustices. J'avais le coeur tout serré de la quitter lorsque ma lecture a pris fin et j'avoue que même si l'histoire se termine sans aucune ambiguité (vous ne resterez pas sur votre faim, promis), j'aurais aimé la promesse d'une suite, juste pour le plaisir de la cotoyer à nouveau.

Amoureux de Londres, férus d'histoire, mordus de belle et bonne littérature, admirateurs de Dickens, Waterloo Necropolis est assurément un roman fait pour vous. Quant à moi, je vais m'empresser de chasser ma peine d'avoir dû laisser Grace vivre sa vie ailleurs qu'entre mes mains en me procurant bien rapidement les autres romans de Mary Hooper. D'ailleurs, si vous avez quelques conseils à me donner, je suis évidemment preneuse.

Un coup de coeur, chroniqué dans le cadre du Mois anglais de Lou et Titine

le mois anglais