Bonjour mes Chers !

Aujourd'hui, la littérature -après s'être mise à l'heure anglaise- fait son cinéma !

Lorsqu'on étudie de nombreuses années dans une université qui met à l'honneur la littérature francophone, tout particulièrement celle des Suds, on entend souvent parler de l'auteur algérien Yasmina Khadra (on apprend d'ailleurs à très bien prononcer son nom ^^). Cependant, même si l'envie ne manquait pas, je n'avais jamais eu l'occasion de le lire. Encore une fois, c'est la sortie imminente de l'adaptation-ciné de L'Attentat qui m'a tendu une perche que je me réjouis d'avoir saisie.

L'Attentat est un roman très dur, par son sujet, mais aussi très prenant, émouvant et étrangement lyrique. De fait, même s'il s'agissait de ma première rencontre avec l'auteur, il me semble que cette oeuvre est représentative de l'univers qu'il compose. En effet, si L'Attentat a pour sujet le terrorisme, dans le cadre du conflit israëlo-palestinien, -dont est spécialiste l'auteur- il tient tout autant de la quête existentielle que du polar -genre dans lequel, paraît-il, excelle Khadra). C'est sans doute ce mélange subtil qui rend ce roman si particulier : on s'y accroche, totalement pris par le suspense, comme l'on s'y promène, bercé par les réflexions, les pensées de narrateur, qui tente de comprendre pour se reconstruire.

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Ce dernier, chirurgien israëlien d'origine arabe, après avoir passé la nuit à sauver la vie aux victimes d'un attentat, découvre que la kamikaze qui en est à l'origine est sa femme. Amine n'avait, évidemment, rien vu venir et, après une phase d'incrédulité, de déni, il se lance en quête de réponses à ses nombreuses questions, qui remettent en cause toute son existence.

Il se penche sur son passé amoureux et c'est un couple parfait, uni, aimant que nous découvrons. Amine aimait -aime- passionnément sa femme qui semblait n'avoir pour lui aucun secret. Et pourtant... Il lui faut alors découvrir et démêler les relations qu'elle entretenait en-dehors de leur vie conjugale. Avec l'aide et le soutien de deux amis, il parcourt un pays ravagé par la guerre, traverse les villes dévastées, subit menace et humiliation mais s'accroche à son souhait, celui de comprendre une logique qui n'a jamais été la sienne ; lui, si bon, pacifiste, humaniste, un chirurgien qui sauve des vies ne peut envisager que l'on donne la mort.

"Car l'unique combat en quoi je crois et qui mériterait vraiment que l'on saigne pour lui est celui du chirurgien que je suis et qui consiste à réinventer la vie là où la mort a choisi d'opérer."

 

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L'intrigue tient donc de l'enquête policière comme de l'investigation journalistique mais demeure une quête intime qui mène Amine jusqu'au plus profond de lui-même, jusqu'aux terres de son enfance qui accueillent la fin du roman que j'ai trouvée sublime. Ce retour au pays natal, entouré des oncles, tantes et souvenirs du père -cet artiste-peintre que l'on devine si bon- est sublimé par la langue de Khadra.

 

"Je pense être arrivé à destination. Le parcours a été terrible, mais je n'ai pas l'impression d'avoir atteint quelque chose, accédé à quelque réponse rédemptrice. En même temps, je me sens délivré ; je me dis que je suis arrivé au bout de mes peines et qu'à partir de là plus rien ne pourra me prendre au dépourvu. Cette douloureuse quête de vérité est mon voyage initiatique, à moi."

En effet, comme souvent les écrivains algériens qui ont choisi d'écrire en français -la langue du colonisateur- (choix qui ne s'impose pas de lui-même, qui relève d'une véritable prise de position), il manipule et métamorphose les mots. Sous sa plume, c'est toute sa francophilie qui s'exprime, dans une prose poétique parfois déconcertante. Je dois admettre que certains passages m'ont paru trop stylisés, les tournures trop travaillées, donc superficielles, pour l'idée à incarner. Lorsque le narrateur plonge en lui-même, revient sur son passé ou tente d'avancer vers une réconciliation, les élans poétiques de Khadra nous font atteindre des sommets d'émotions. Son français est celui d'Assia Djebar, de Kateb Yacine, de Mohammed Dib,... il nous fait littéralement vibrer et redécouvrir notre propre langue dans laquelle on prend plaisir à se perdre. C'est une expérience vraiment extraordinaire. Par contre, lorsqu'il s'engage à décrire l'horreur, la violence, la misère, et prend le temps de filer métaphores et jeux de mots, faire s'entrechoquer les champs lexicaux, on frôle l'obscénité. C'est, du moins, mon sentiment : celui d'un trop grand décalage entre le fond et le style.

"A Janin, la raison semble s'être cassé les dents et renoncer à toute prothèse susceptible de lui rendre le sourire. D'ailleurs plus personne n'y sourit. La bonne humeur d'autrefois a mis les voiles depuis que les linceuls et les étendards ont le vent en poupe."

Ce que je retiens de cette lecture qui m'a tenue en haleine jusqu'à la toute dernière ligne (je vous assure que les dernières pages ne peuvent se lire sans sacrifier quelques ongles à ronger !) est la grande bonté d'un auteur de talent dont j'ai très envie de découvrir l'ensemble de l'oeuvre. Par ailleurs, puisqu'il est annoncé comme réussi, il me tarde vraiment de voir le film.

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J'étais impatiente de voir le film de Ziad Doueiri, c'est chose faite, et la déception est au rendez-vous. Pourtant, l'adaptation est fort réussie si on considère sa fidélité envers l'oeuvre originale (fidélité toute relative, mais tout de même). Les grandes lignes sont respectées, les acteurs sont bons, en place, la réalisation soignée. Ah ! Pour ça, L'Attentat est un film bien comme il faut, comme disent certains "il est bien fait, il est bien tourné", comme une belle motte de beurre dans la vitrine du crémier, en somme. Mais quel manque de personnalité, quelle absence de vigueur et -pour la spectatrice que je suis- quel mortel ennui ! Sans mauvais esprit, j'attends toujours l'étincelle, le sursaut, l'émotion ! Comment est-il possible d'aborder le terrorisme par une double voie, celle du suspense et celle du questionnement existentiel, tout en restant aussi tiède ?

Je suis certaine que L'Attentat saura trouver son public, après tout, c'est un film "de belle facture", mais à choisir, si cela ne vous fait pas peur de vous salir les mains, de réfléchir un peu, de vous sentir poussé dans vos retranchements, d'affronter la vie (bordel !), lisez le roman de Khadra qui possède une âme, un coeur et un style.

Les adaptations se suivent et ne se ressemblent pas ! La prochaine en vue est le film D'Acier qui sort mercredi et que j'irai voir car le sujet m'interpelle, mais -malheureusement- je n'ai pas eu le temps de lire le roman de Silvia Avallone. Peut-être vais-je procéder à rebours cette fois-ci et que les images me donneront envie de me frotter aux mots ? 

L'avez-vous lu ?