Bonjour bonjour !!

Si je continue d'aller au cinéma quotidiennement, je ne vais plus pouvoir chroniquer de livres sur ces pages car, après mon coup de foudre de jeudi pour La Fille du 14 juillet, je suis tombée en amour hier pour un garçon de Berlin, Niko, personnage tendrement attachant de Oh Boy, l'équilibre parfait de la grâce et de l'humour subtil, l'élégant écrin d'une parure tendre et mélancolique.

Force m'a été de constater que ces deux films en forme de coups de génie sont intimement liés, autant par leurs similitudes que par leurs divergences.

 

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On s'en souvient, La Fille du 14 juillet commence par un coup de foudre, d'Hector pour Truquette, duquel découle un road-trip tout ensoleillé, en bleu et rouge, rythmé par une super bande-son. Ce film français tout pimpant, sur fond de crise, nous présente des jeunes gens qui peinent à trouver leur place dans notre société : ceux qui travaillent, le font sans diplôme (et se font virer) tandis que les jeunes diplômés ne trouvent pas de job car n'ont pas de logement et pas de logement puisqu'ils n'ont pas de garanties à offrir (car pas de fric à gagner, etc., etc.). C'est ainsi que de gais lurons se retrouvent en voiture Simone destination une vie bien plus belle au soleil.

Oh Boy, moins optimiste peut-être, débute au saut du lit par une rupture et nous amène à suivre les vingt-quatre heures d'errance en noir et blanc de Niko, un étudiant beau comme un rêve mais peu rigoureux, qui se retrouve en ce beau matin sans le sou, son père ayant décidé de lui couper les vivres. La journée pouvait-elle plus mal commencer ? Se laissant guider par de multiples rencontres, le jeune homme déambule dans Berlin, qui révèle plus que jamais son dynamisme, son bouillonnement, au gré d'une musique jazzy, tantôt entraînante, tantôt désarmante de nostalgie -signée The Major Minors- qui nous plonge au coeur du New York de Woody Allen (un ami de Niko cite très explicitement Taxi Driver également).

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Niko croise la route d'une dizaine de personnages, aussi atypiques et émouvants les uns que les autres : un voisin un peu trop collant mais généreux, la grand-mère gâteau d'un jeune dealer, une ancienne camarade d'école, autrefois obèse, devenue canon mais profondément traumatisée par des années d'humiliation,... Passant du cabinet d'un psy à la salle d'attente d'un hôpital, d'un parcours de golf ensoleillé à une salle de théâtre underground, Niko se montre d'humeur égale, calme, à l'écoute des autres alors que personne ne semble vouloir l'entendre. Il ne souhaite qu'une chose au cours de cette journée, boire un café, ce qui de comptoir en machine HS se révèle impossible. Un gag qui court de la première scène à la dernière, qui nous fait d'abord ironiquement sourire puis franchement rire, jusqu'à nous bouleverser, comme seule peut le faire la vie lorsqu'elle nous rappelle son étrange fatalité.

Le film tout entier suit le chemin de ce motif récurrent. Principalement enjoué et insouciant, il se révèle -dans son dernier quart d'heure- d'une profondeur insoupçonnée qui vient nous secouer là où se trouve notre petite réserve d'émotions tendres et de larmes.

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Récompensé par six Lola et porté par un acteur d'une délicatesse infinie (Tom Schilling), presque féminine, en tout cas d'un charisme évident, Oh Boy, par sa forme comme par son propos, se montre aussi fantasque que réaliste aussi énergisant que désabusé et se classe, dans mon coeur, aux côtés de deux films qui m'ont marquée à vie : Les Anges de l'univers, de l'Islandais Friðrik Þór Friðriksson et d'Oslo 31 août, de l'autrichien Joachim Trier ; perles subtiles sur la jeunesse d'aujourd'hui qui témoignent d'une certaine difficulté à être au monde sans jamais quitter la lumière.

Un film qui m'a laissée toute chancelante, le coeur au bord des cils, que je vous souhaite de découvrir à votre tour.

Que me réserve la journée d'aujourd'hui alors que je m'apprête à troquer ma carte de cinémaphile contre un billet de théâtre ?! Comptez sur moi pour vous tenir au courant, mes très Chers Tous.

Je vous souhaite un joli samedi :)