Bonjour mes Chers !

Cette semaine, entre la chaleur, un bon rhume (vive la clim' ^^) et quelques sorties, j'ai adopté un rythme d'esssscaaaargoooot ! Oui, oui, je me traîne comme une petite larve. Mais sachez que vous m'avez bien manqué en seulement quelques jours, c'est fou ça ! 

J'ai pas mal de petites choses à vous raconter et à vous montrer mais avant ça, place au billet livresque.

D'autant, qu'aujourd'hui encore, c'est d'un coup de coeur dont je vais vous parler ; d'un roman déjà plusieurs fois évoqué ici ces derniers jours, tant j'étais enthousiaste au cours de ma lecture. Vous pensez que je radote ? Vous avez raison : j'ai employé -à peu de choses près- les mêmes mots pour introduire Un Eté avec Louise. C'est que, voyez-vous, je suis attirée par les portraits de femmes, les destins que l'on découvre, qui se complexifient à mesure que défilent les semaines, saisons ou décennies ; j'aime les décors bucoliques, les âmes fracassées qui trouvent la paix au coeur de paysages paisibles, propice à la bienfaisante solitude. Aussi, beaucoup de mes lectures récentes recoupent des thèmes communs que les auteures ont mis en scène de manière absolument séduisante. 

Charmée par les femmes de mots que j'ai croisées dans les romans, séduite par les femmes de lettres qui les ont créées, l'équilibre parfait, la recette idéale des ravissements littéraires.

J'ai découvert Joyce Maynard à la sortie de son autobiographie retraçant, entre autres événements, sa relation avec l'écrivain J.D. Salinger. Cet ouvrage avait retenu mon attention mais je souhaitais faire la connaissance de l'écrivaine avant de rencontrer la femme. Aussi, mon choix s'est porté sur Les Filles de l'ouragan pour cette première approche que je peux sans peine qualifier d'inoubliable.

fillesdelouragan

Ce roman nous fait entendre les voix alternées de deux femmes, aussi différentes l'une de l'autre qu'elles semblent totalement en décalage avec leur entourage familial, que l'on suit depuis leur naissance dans le New Hampshire, le même jour -4 juillet 1950- jusqu'à l'âge adulte.

Les mots de Ruth Plank introduisent cette lumineuse fresque féminine et américaine. Fille de fermiers, d'une mère religieuse et froide, d'un père travailleur et tendre, elle partage son quotidien avec quatre soeurs et fuit ce monde aux antipodes de son âme d'artiste grâce à sa vive imagination. Sa silhouette longiligne et sa belle chevelure en font une adolescente resplendissante, que l'on devine sensuelle, sensible, en accord avec la nature, à l'écoute de ses sens et de ses désirs, et néanmoins très sage : elle n'a d'yeux et de sentiments que pour Ray, le frère de Dana (Ray est un personnage d'une profondeur rare, comme je l'ai aimé, combien il m'a émue), la seconde voix, l'itinéraire bis du roman.

Parfait reflet inversé de Ruth, tant physiquement -Dana est trapue et masculine- que par ses intérêt et son caractère -elle montre, dès son plus jeune âge, un esprit scientifique et une curiosité pour les plantations, qui la lient fortement au père de Ruth, tandis qu'elle ne parvient à comprendre ses parents, artistes bohèmes. Sa mère, Val Dickerson, une femme magnifique, est passionnée d'art ; son père, George, est une sorte d'inventeur touche-à-tout, qui cherche à laisser son empreinte dans le monde par tous les moyens : il peut créer des objets et se mettre en quête de brevet tout comme écrire des chansons pour les groupes à la mode, des scénarii pour des films ou des émissions. Personnalité évanescente, père irresponsable, mari absent, il n'en reste pas moins un personnage attachant par son étrangeté.

Alors que ces deux familles ne présentent aucun centre d'intérêt commun, elles continuent de se fréquenter en dépit des nombreux déménagements des Dickerson. Une ou deux fois par an, ils rendent visite au Plank même s'il est évident que les conversations sonnent creux.

On ne peut que s'interroger sur cet étrange lien que la mère de Ruth s'obstine à maintenir avec ses voisins, prétextant la naissance des filles qu'elle surnomme "Les soeurs d'anniversaire" et, alors même qu'un possible secret se dessine, se dévine comme la réponse à nos questions, les deux jeunes femmes, puis adultes que deviennent Ruth et Dana, demeurent hermétiques, confortablement installées dans leur indifférence commune et réciproque, heureuses ignorantes de leur identité.

Saga historique autant que familiale, Les Filles de l'ouragan fait se succéder certains des événements les plus marquants de l'Histoire américaine, de Woodstock (festival auquel Ruth assiste) aux premiers pas sur la Lune, en passant par l'assassinat de JFK, à travers les voix des filles qui demeurent parallèles, alors même que leurs vies respectives empruntent des voies qui ne cessent de se mêler. Quant au mystère qui plane au-dessus des Plank et des Dickerson, Joyce Maynard, avec virtuosité, le rend aussi intrigant que secondaire et si -comme l'indique la quatrième de couverture- sa révélation bouleversera l'existence de Ruth et Dana, le lecteur, lui, ne peut honnêtement s'en étonner sans pour autant éprouver désillusion ou frustration. Ce petit prodige romanesque démontre le talent de l'auteure et prouve que l'intérêt de son oeuvre se niche partout ailleurs que dans un banal silence, un suspense brisé.

Infiniment séduite par le style de Joyce Maynard, que je classe désormais parmi mes auteures tendrement aimées et admirées (Joyce Carole Oates, Nancy Huston, Siri Hustvedt -récemment découverte également-, Yoko Ogawa,...), je compte m'imprégner de son oeuvre tout entière, avec empressement et modération, partagée entre un sentiment d'urgence et désir de prolonger l'émerveillement.

Un roman que je vous recommande, mes Chers, c'est une évidence :)

Pendant que j'y suis, et comme je ne sais pas si l'occasion se présentera à nouveau de vous en toucher deux mots, j'ai vu deux très bons films au cinéma hier qui pourraient agréablement occuper votre week-end, d'autant qu'ils sont baignés de soleil : Aya de Yopougon, l'adaptation d'une bande-dessinée qui nous fait suivre le quotidien de trois jeunes femmes vivant à Abidjan dans les années 70. C'est drôle, tendre, intelligent : un régal ! Mon second est également habité par une jeune femme, Juliette, Parisienne de vingt-cinq ans que l'on suit le temps d'un bel été, du passage de l'adolescence à l'âge adulte, brutal mais inévitable. Là encore, une très belle réussite, un film simple, sincère, frais qui met du baume au coeur malgré la profonde nostalgie qui le berce.

Sinon, mais cela va sans dire, j'ai visité l'exposition consacrée à Jacques Demy et... pppfff ! Ne serait-ce pas la plus belle de cette année 2013 ?!

A très vite mes Chers, avec d'autres bonheurs à partager :)