Bonjour mes Chers,

Avant de vous présenter tout prochainement le second roman de Sam Savage, il m'a semblé approprié d'exhumer des archives de mon ancien blog (qui me rend bien des services !), ma petite chronique consacrée à son premier ouvrage, publié chez Actes Sud, en 2009. Sans doute certains d'entre vous se souviennent de Firmin, rat maigrichon et lettré, qui s'affichait notamment dans les couloirs du métro ! La publicité autour de ce roman, réputé "phénoménal", encensé par la presse, était assez incroyable et unique en son genre. Méritée ? Les avis des lecteurs, à l'époque, étaient partagés, mitigés, beaucoup de déceptions si mes souvenirs sont bons.

Quant au mien, je vous laisse le découvrir.

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Ce roman, le premier d'un jeune auteur de soixante ans, écrit à la première personne, nous amène à découvrir Firmin, un rat, non pas de bibliothèque mais de librairie, habitant Scollay Square, un quartier du Boston des années 60, menacé de destruction.

Firmin nous invite à partager avec lui ses souvenirs, de sa naissance à ce qu'on imagine être ses derniers jours. On découvre alors qu'il est le petit dernier d'une portée de treize rejetons, un nombre qui ne porte apparemment pas bonheur à notre rat, maltraité ou carrément ignoré par ses frères et soeurs et sa pochetronne de mère. Heureusement, Firmin se trouve rapidement une occupation, qui deviendra une passion, en grignotant des livres. Il trouve au papier, à l'encre, un goût exquis, qui le pousse à mâchonner toute la journée jusqu'à s'en rendre malade. Il découvre alors une nouvelle manière de grignoter les livres, qui sont aussi bons à manger qu'à lire. Et oui, Firmin n'est pas un rat comme les autres, c'est un lettré, un génie incompris ! Lorsque sa famille se sépare, chacun étant en âge de s'assumer, Firmin décide de rester caché dans un coin de la librairie où il est né, un endroit sûr où il est certain de pouvoir s'adonner à sa passion. Ses seules sorties ont pour but de nourrir son autre passe-temps, le cinéma. Firmin aime s'imaginer en danseur, en bellâtre, il idolâtre Fred Astaire, souhaite faire tournoyer Ginger Rogers, et apprécie également les films diffusés après minuit...

Firmin mène donc une petite vie paisible au rythme de la librairie tenue par Norman Shine, avec qui il espère se lier d'amitié. Depuis son observatoire, il regarde les clients aller et venir dans cette boutique où se croisent des mordus de littérature, mais il en apprend aussi beaucoup sur son quartier, de plus en plus délabré et menacé par la mairie, qui souhaite le détruire afin d'en faire un énième quartier d'affaires sans charme et sans âme.

Firmin, c'est donc aussi cela, l'histoire d'un quartier qui a "bel et bien existé avant d'être finalement rasé", nous dit l'auteur. C'est l'éternel combat que se livrent le profit et le coeur, ce sont les vaines tentatives des petits commerces pour sauver leur peau, des petites librairies où il fait bon fureter pour ne pas céder leur place.

Malgré ses deux-cents pages Firmin est donc un livre très riche puisqu'il aborde plusieurs thématiques que l'on découvre à travers les yeux d'un petit espion au grand coeur.

Si j'ai passé deux soirées délicieuses en sa compagnie, je dois bien avouer que les premières pages m'ont quelque peu troublée. En effet, très bêtement, j'avais en tête le sympathique Ratatouille, volontaire et souriant, dont j'imaginais que Firmin pouvait être le cousin. Or, il n'en est rien. Firmin est un rat mélancolique, cynique, laid, désespéré et un peu pervers sur les bords. Un rat très humain finalement, qui aurait pu être le héros d'un film de Woody Allen. Quant à l'histoire, le sous-titre l'indique bien, il s'agit de son autobiographie. Et celle-ci est à son image : avec ses hauts et ses bas, sans grands rebondissements, parfois très drôle, souvent terne, voire triste, comme nos vies à tous.

Un livre beaucoup plus profond qu'on peut le penser au départ, qui se lit avec grand plaisir, mais qui, à mon avis, pourrait décevoir ceux qui s'attendent à lire une jolie histoire pour les grands enfants.