Bonjour mes Doux :)

Un billet-livresque pour bien commencer le week-end, rien de mieux, n'est-ce pas ?!

Parmi les nombreux romans de la rentrée littéraire, quelques-uns m'attiraient plus que d'autres -écrits par des femmes, exclusivement-, tout particulièrement Lady Hunt, d'Hélène Frappat. De très bonnes critiques, un sujet plein de mystère et de promesses, une auteure à adécouvrir, une couverture tout aussi intrigante, une maison d'édition que j'affectionne et en qui j'ai grande confiance. Aussi, lorsque m'a été offerte la possibilité de participer aux matches de la rentrée littéraire, organisés par Price Minister-Rakuten, mon choix s'est porté sans hésitation sur ce roman.

Aussitôt reçu, fin octobre, aussitôt lu, ou plutôt dévoré, puisque totalement fascinée par cet ouvrage, j'étais incapable de le lâcher. Alors, pourquoi avoir attendu aussi longtemps avant de rédiger ce billet ? Tout simplement car je me sentais incapable de trier mes émotions, ni même de les cerner. En effet, bien qu'envoûtée par la prose et le récit de l'auteure, un étrange sentiment teinté de déception ne me quitte plus depuis cette lecture.

Un phénomène assez rare, très déstabilisant, que je vais -peut-être et enfin- m'expliquer grâce à la rédaction de cette note.

lady-hunt-

L'héroïne-narratrice, Laura Kern, travaille dans une agence immobilière spécialisée dans les appartements cossus des beaux quartiers parisiens, du "triangle d'or qui entoure les 8ème et 17ème arrondissements (petit détail géographique qui parlera sans doute davantage aux habitants de la capitale qui savent ces quartiers organiques, ce paysage minéral). Vêtue de l'imperméable trop grand de feu son père, elle parcourt la ville à la recherche de la demeure parfaite, celle qui correspondra parfaitement à ses clients. Laura semble avoir un don, une sorte de lien profond, sensoriel, qui la relie aux murs, aux intérieurs, aux demeures. Elle les ressent ou les subit ; leur mémoire, contenue dans les murs, ruines, vestiges se mêle à ses propres souvenirs ; la pierre se livre et brouille les frontières entre étrange réalité et énigmatiques rêveries. Inquiétants délires aussi. Peut-être. Sans doute. Quoi qu'il en soit, troublée par un rêve récurrent qu'elle redoute autant qu'il la fascine, Laura se pose comme un double du lecteur. En effet, j'ai eu l'impression que -de la même manière qu'elle subissait l'influence des murs-, j'endurais ses doutes, ses inquiétudes et interrogations. Je ne m'étais jamais sentie liée à un personnage de manière aussi viscérale et déroutante.

L'atmosphère qui règne sur ce récit, qui nous mène de Paris à la Normandie, en passant par la Bretagne et le Pays de Galles -un vaste voyage au coeur des légendes et malédictions- y est pour beaucoup dans cette impression de malaise, ce sentiment d'être toujours en équilibre entre deux sensations.

Dans mon petit carnet de chevet, celui dans lequel j'inscris quelques mots sans réfléchir, sur le vif, dès que je referme un ouvrage, j'ai noté ceci : "Opéra funeste, chant lugubre et danse macabre. Élégie. Écriture contaminée par l'âme du personnage qui subit lui-même l'influence de son environnement. Les mots, comme tant d'autres spectres qui traversent l'oeuvre, laissent un goût de cendres."

C'est donc, vous en conviendrez, une lecture qui m'a profondément ébranlée et captivée. Pour autant, je ne peux pas dire que je l'ai pleinement appréciée. Si j'ai été sensible à l'histoire intime de Laura, à celle de sa famille, curieuse du passé de son père, du destin de sa soeur enceinte -tout comme les demeures ont une mémoire, les familles ont une histoire- j'ai, à plusieurs reprises, ressenti une certaine lassitude. A vrai dire, dès les premières pages, j'ai eu très peur d'être déçue par une lecture en laquelle j'avais foi. L'écriture d'Hélène Frappat, son imaginaire aussi, sont fascinants, envoûtants, mais l'immatérialité des motifs qui constituent sa toile narrative -qu'elle brode telle The Lady oh Shalott- étouffent ses mots, relégués au monde du silence. Lady Hunt est un roman de la récurrence, de la rémanence, de l'obsession, de ce fait, scènes et choix stylistiques sont marqués par la répétition et, lorsqu'ils ne bercent pas ennuient. Ils ne font plus avancer un récit qui apparaît "englué" et ne touchent plus autant, comme s'ils avaient perdu de leur pouvoir, délayés dans une prose qui s'étire, tourbillonne et se mord la queue. Donne le vertige ou hypnotise mais, parfois, endort.

Lady Hunt est un récit en creux, un récit de l'absence, de l'immatérialité qui s'incarne dans l'immuabilité de la pierre à laquelle se confronte le personnage féminin. Pour cette raison, il m'a rappelé Naissance des fantômes, de Marie Darrieussecq, autre quête obsessionnelle de l'insaisissable, fondé sur le concept de l'unheimliche, l'inquiétante étrangeté freudienne et hanté par les ombres.

Comment alors affirmer n'avoir pas aimé cette oeuvre, justement half sick of shadows, au même titre que sa narratrice ? Mais, dans un même mouvement, comment ne pas se sentir à moitié malade à la lecture de ce roman vampirisant et obsédant ? Quoi qu'il en soit,  il est de ceux qui laissent de profondes séquelles et changent irrémédiablement la perception et l'imaginaire du lecteur.

Merci aux organisateurs des matches de la rentrée littéraire de m'avoir permis de vivre cette expérience singulière, rare et précieuse.

Une lecture dont vous ne ressortirez pas indemnes, mes Chers ;)