Bonjour mes Chers,

Je trouve que la période des fêtes est particulièrement propice à la rêverie que j'associe volontiers aux contes de fées. Ayant commencé l'année avec le très bon roman Au Pays des contes, de Chris Colfer, guettant les nombreuses adaptations de La Reine des neiges chez mon amie Mya, écoutant le plus souvent possible mon album We Love Disney, je ne peux qu'être totalement contaminée par la magie des contes. Par ailleurs, la richesse des adaptations m'étonne toujours et me rend infiniment curieuse d'en découvrir encore et toujours, tout particulièrement lorsque les chemins se mêlent. La littérature rencontre le cinéma, la tradition la modernité, les séries s'emparent des personnages qui nous ont tant fait rêver ; les mondes ne sont plus parallèles et l'enchantement peut surgir n'importe où.

La semaine passée, je vous ai présenté un film que j'aime infiniment, un film aussi féerique que dansant. Aussi, j'ai eu envie de partager avec vous l'un de mes ballets contemporains favoris, chorégraphié par Angelin Preljocaj. J'avais eu le plaisir de le découvrir en 2008 au théâtre de Chaillot et, je l'avais tellement aimé (le mot est faible) que j'avais sauté sur l'occasion de le revoir quelques années plus tard, le soir de Noël, avec ma Mutti. Il avait ensuite été diffusé sur Arte puis de nombreuses fois sur la chaîne Mezzo, et il est évidemment disponible en DVD. C'est pourquoi, telle la Méchante Reine avec sa pomme rouge sang, je me permets de vous mettre l'eau à la bouche avec ce petit billet impressionniste et illustré.

Pas de « Il était une fois » en guise d'introduction mais quelques notes de musique et une gracieuse silhouette noire suffisent à capter notre attention. Le premier tableau chorégraphié par l’inventif Angelin Preljocaj nous interpelle par sa beauté mais aussi par sa provocation : nous assistons à un accouchement, celui de la mère de Blanche-Neige. Puis, les scènes s’enchaînent et ne se ressemblent pas : les tableaux sont plus impressionnants les uns que les autres, tout en restant très proches du conte. Car oui, c’est bien au conte des frères Grimm que s’est attaqué le génie Preljocaj, y associant les symphonies de Gustav Malher qui s’inscrivent à la perfection dans le travail du chorégraphe.

blanche neige accouchement

Le chorégraphe pense son oeuvre dans les moindres détails et pour cela sait particulièrement bien s'entourer. En effet, s’il choisit l’accompagnement musical avec goût, il fait preuve d’audace en demandant à notre Jean-Paul Gaultier national de créer les costumes pour les vingt-six danseurs du ballet. Et quels costumes ! Les créations du styliste sont sublimes, ouvragées, aériennes, ludiques ; le costume de la Méchante Reine d'inspiration façon sado-maso chic-issime me fait toujours aussi forte impression.

blanche neige reine 

Si nous sommes happés dès le début du ballet par l’univers merveilleux que nous propose Preljocaj, le chorégraphe ne nous lâche pas en cours de route, et on se glisse avec aisance dans les différents chapitres du conte, grâce à une narration dansée d'une fluidité impeccable. Je suis, cependant, toujours aussi fascinée par un tableau : celui de l'arrivée des nains. Sept danseurs suspendus à des câbles glissent le long d’une paroi : ils dansent, volent, nous étonnent et nous enchantent totalement. Et que dire des deux passages du « Miroir, mon beau miroir, dis-moi qui est la plus belle en ce royaume » qui montrent une très grande maîtrise artistique et une malice à toute épreuve.

Mais le moment fort du ballet est assurément les retrouvailles entre le Prince charmant et sa Blanche-Neige endormie sous l’effet de la pomme maléfique. Preljocaj a su mettre en scène la mort de manière vivante, vibrante. Blanche-Neige virevolte entre les bras de son bien-aimé, qui joue avec ce corps inerte comme avec un ruban, une plume : un véritable moment de grâce où le temps est suspendu. Une question s'impose : Comment font-ils ? Quelle confiance, quelle complicité entre ces deux-là ! Leur danse d’amour qui redonne vie à la Princesse apparaît alors comme l’exact opposé de la scène finale, seule infidélité au conte (mais d'une grande pertinence) qui nous montre la mort de la Méchante Reine, chaussée de souliers de braise, condamnée à danser jusqu’à l’épuisement. Et oui, Les Chaussons rouges ne sont pas loin.

blanche neige prince

Merveilleuse, magique, féerique, poétique, cette création de Preljocaj est un chef-d'oeuvre du répertoire dansant, la plus belle voie d'accès à la danse contemporaine, souvent méconnue ou mésestimée au profit du classique (malheureusement).

J'espère vous avoir donné envie de découvrir l'oeuvre de ce chorégraphe que j'aime beaucoup (il a d'ailleurs la générosité de venir saluer le public et remercier ses danseurs à l'issue de chaque représentation -du moins, des quatre que j'ai vues-, ce que je trouve particulièrement touchant et respectueux).

Excellent week-end à tous, au Pays des Contes de fées ;)