Hello, hello !

Aujourd'hui, j'inaugure mon petit défi personnel qui consiste à lire ces prochaines semaines des romans hivernaux, à la fois douillets et fantaisistes : je veux de la neige, des paillettes et de la magie. Logique, me direz-vous, en cette saison ! Si je ne fais pas preuve d'une folle inventivité sur ce coup-là, me contentant de suivre le rythme du calendrier, je m'impose quelques contraintes qui me permettent surtout de circonscrire mon corpus, comme on dit à l'école des grands ;)

Je jetterai mon dévolu sur des ouvrages dans lesquels l'hiver mais aussi les conditions climatiques inhérentes à cette saison sont des éléments essentiels, si la magie s'en mêle, c'est encore mieux ; en outre, j'ai collecté quelques récits où les mots hiver, neige, givre, glace,... figurent dans le titre. Vous voyez l'idée ?!

Imaginez donc ma joie sautillante en découvrant dans mon soulier Café Givré de Suzanne Selfors qui répond parfaitement à ces critères ! Je ne lui ai donc pas laissé le temps de récolter le moindre grain de poussière en l'entreposant dans ma bibliothèque et l'ai ouvert dès le soir du 25 décembre pour découvrir un roman-ado rafraîchissant dans lequel le banal quotidien se mêle à la magie de manière très subtile.

coffeehouse

On y fait la connaissance de Katrina Svensen, lycéenne lambda, sans histoires ni passions, qui réside dans une charmante ville nommée Nordby, dans l'état de Washington, avec sa grand-mère. Un coin tranquille de l'Amérique du Nord qui a la particularité d'être profondément attachée à ses coutumes scandinaves. En effet, la plupart des habitants sont d'origine norvégienne et tiennent fermement à leur gastronomie et traditions. Aussi, le Café d'Anna, tenu par la grand-mère de Katrina et où cette dernière travaille avant et après les cours, s'est toujours imposé comme un lieu incontournable de ce petit village côtier. Les bonnes soupes de l'énigmatique Irmgaard -qui a fait voeu de silence-, la savoureuse odeur des biscuits à la cannelle, le fameux café à l'oeuf scandinave s'accordent à merveille aux discussions passionnées de ceux que l'on surnomme Les Garçons, Odin, Lars et Ingvar, trois retraités qui aiment à se retrouver dans cette ambiance qui leur rappelle leurs racines. Aussi, lorsque Java Heaven, café ultra-branché, ouvre ses portes, la comptabilité du Café d'Anna en prend un sacré coup. Alors qu'Anna se voit dans l'obligation de mettre la clé sous la porte et de revendre son affaire familiale à l'odieux M. Darling, propriétaire du Java Heaven, Katrina rencontre un jeune sans-abri, Malcom, endormi dans l'arrière-cour du café. Littéralement "tombé du ciel", l'irrésistible et atypique Malcom -avec son air lunaire et son kilt, sa délicieuse odeur des Highlands et sa réconfortante chaleur- n'est autre qu'un messager, un ange qui propose à Katrina de réaliser son souhait le plus cher. Grâce à cette céleste intervention, la jeune fille parviendra-t-elle à sauver le café de sa grand-mère ? Mieux encore, saura-t-elle enfin trouver sa voie, elle qui enferme ses échecs et abandons dans un placard sans jamais embrasser son destin ?

C'est positivement mitigée que je ressors de cette lecture qui, très loin de m'avoir déplu -je n'ai pas vu les chapitres défiler- ne m'a pas enthousiasmée autant que je le présageais. Sans doute ma déception vient-elle du très grand nombre d'atouts que possède ce roman et qui m'ont paru trop faiblement exploités. Ce qui aurait pu être le parfait récit douillet-gourmand demeure un peu "creux", disons plutôt paresseux, ne connaissant pas de temps morts mais esquivant les belles envolées, de peu. Pourtant, tout est à portée de mains pour nous enchanter : une atmosphère hivernale dont on se délecte, un village des plus charmants, une communauté soudée, un lieu de rencontre chaleureux où flottent parfums sucrés et ambiance conviviale ; des personnages plutôt bien croqués et variés, une pointe de magie-réaliste apportée par un ange décalé, bien loin des clichés habituels ; des intrigues multiples, intimes, amoureuses, familiales, financières, une savante alternance de moments de partage, de solidarité et d'introspection, de questionnements existentiels qui mènent à la découverte de soi et des autres, au pardon. 

poulsbo

J'ai particulièrement apprécié le caractère de Katrina, une jeune fille qui se cherche sans se donner trop de mal, se contentant de sa petite vie tranquille. Pas populaire pour deux sous, elle passe son temps libre avec ses deux amis d'enfance, l'artiste en herbe Elizabeth et Vincent, champion de natation. Elle est très proche de sa grand-mère et se montre courageuse, loyale, ne s'appitoie jamais sur son sort même s'il lui arrive d'envier et jalouser la fille la plus "in" du lycée. Il est intéressant de suivre son évolution, de la voir progresser sur son propre chemin qu'elle trace, sans même s'en rendre compte, comme une grande. En très peu de pages, finalement, l'auteure esquisse un très riche portrait d'adolescente, humble, tout simplement "normale" !

J'ai également été séduite par Nordby, village autour duquel l'auteure laisse planer un certain mystère. En effet, souvent et longtemps je me suis demandé où il était situé : en Amérique ? En Norvège ? Quelque part ailleurs en Europe du Nord ? Ce flou est vraiment intéressant, un peu déconcertant, mais participe à la magie du récit, comme si nous nous trouvions hors du temps, en terres inconnues. J'aime ces bourgades fictives pleines de charme, surtout en cette période de Noël : un épicéa géant trône au milieu de la place, la Grand-Rue est tout illuminée, les fêtes de fin d'année s'organisent, les chocolats chauds réchauffent et les toasts dorent dans le grille-pain. Si on se fie au site officiel de l'auteure, elle se serait inspirée de la ville de Poulsbo, elle aussi imprégnée des traditions scandinaves et située dans l'Etat de Washington, pour créer Nordby.

Poulsbo_WA

Ce roman a donc, dans uune très grande mesure, parfaitement rempli sa mission en m'offrant un moment de lecture aussi rafraîchissant que chaleureux, doudou-gourmand sans jamais se faire mièvre. Le style de l'auteure n'est en rien à l'origine de ma légère réserve puisqu'il est plutôt limpide et enlevé, le récit à la première personne -Katrina est notre guide pour ces quelques semaines passées à Nordby- agréable et prenant. Reste simplement cette petite impression de "trop peu", de "pas tout à fait" qui m'empêche de considérer Café Givré comme un roman véritablement abouti et d'en faire un coup de coeur.

J'insiste une dernière fois : ne boudez surtout pas votre plaisir et n'hésitez pas à pousser les portes du Café d'Anna !

Bonne semaine à tous et à très vite pour quelques flocons de neige et grains de sucre :)