Bonjour mes Chers :)

Avez-vous passé un bon dimanche ? Le mien fut plutôt très agréable puisque j'ai passé la matinée à lire (Au coeur du silence de Graham Joyce qui -une fois qu'on s'est habitué au ton ironico-vulgos des personnages- est très bon) avant de découvrir un ballet que je n'avais jamais vu, Joyaux.

Décidément, cette petite convalescence m'aura permis de lire plus que d'ordinaire et j'ai eu la chance de faire "bonne pioche" à tous les coups. En effet, le roman que je vous présente ce matin et qui attendait sagement que son tour vienne depuis son acquisition estivale est un autre coup de coeur !

violette

Violette, de l'auteure Jacqueline Wilson (la maman de Jenny B. et de Millie Plume, entre autres), nous relate, sur une courte durée, les relations familiales et amicales d'une adolescente solitaire qui, sans être mal dans sa peau, n'est pas sans complexes. Violette a la malchance d'être née dans une famille dysfonctionnelle, entre un père -l'archétype du flic- dominateur et fort en gueule, une mère insipide et soumise et un frère à la personnalité bien étrange. Will, de trois ans son aîné, semble tout aussi solitaire qu'elle mais n'en reste pas moins l'un des garçons les plus en vue du collège, grâce à sa personnalité fascinante. S'il exprime son originalité à travers ses choix vestimentaires et capillaires (qui ne sont pas sans déplaire à son paternel), il dit aussi son mal-être en agissant de manière déconcertante avec sa soeur envers qui il peut être aussi adorable que pervers, allant jusqu'à inventer des jeux qui la mettent en danger de mort. Chose que Violette accepte malgré elle depuis des années. Si l'on peut s'étonner de cette drôle de relation "je t'aime-moi non plus", on peut imaginer qu'elle relève d'un intéressant (et incontournable) mimétisme : Violette et Will ne font que reproduire le comportement de leurs parents qu'ils réprouvent pourtant.

Au milieu de ce joyeux bazar, alors qu'un terrible secret vient d'être révélé et trouble encore plus l'ambiance fragile qui régnait jusqu'alors au sein de cette famille, débarque une nouvelle élève, l'excentrique Jasmine, qui offre immédiatement son amitié à Violette. Celle-ci qui, jusque-là occupait ses longs moments de solitude en plongeant dans le monde féerique créé par son auteur préféré Casper Dream -auquel elle écrit quotidiennement sans jamais envoyer ses missives- s'ouvre enfin à la vie : elle désobéit à ses parents, ose tenir tête à son frère, elle découvre le monde de théâtre, l'indépendance. Bref, elle fait enfin son expérience auprès de cette jeune fille qui ne ressemble à aucune autre. Mais son amitié est-elle sincère ? Donnera-t-elle à Violette le courage d'aller encore plus loin ? D'affronter son destin, sa famille, ses secrets ?

Violette a pour titre original Midnight et il me semble bien que c'est un livre qui se prête à merveille à une lecture nocturne et rapide : sans que cela soit indispensable, il peut être judicieux de lire ce roman d'une traite (ou deux) pour en goûter l'intensité et la densité. Avec une économie de mots étonnante, dans un style sans fioritures ni détours (Violette est notre narratrice), Jacqueline Wilson propose une intrigue aussi riche que ses personnages sont approfondis. Les personnalités de Violette, Will et Jasmine sont vraiment fascinantes, ce qui les rend très attachants : on a envie de savoir comment ils vont évoluer, indépendamment les uns des autres, puis tous ensemble. La relation entre Violette et Will est singulière et nous met souvent dans un certain inconfort car nous ne sommes jamais certains que la gentillesse soudaine de Will ne cache pas un plus sombre dessein. Enfin, Jasmine, avec ses tenues gothico-folkloriques, ses bracelets indiens, ses parents acteurs qui la laissent très souvent seule, paraît sans doute trop "cool" pour être vraiment heureuse. Si son autonomie peut faire rêver, on éprouve une certaine peine pour cette toute jeune fille qui doit s'occuper d'elle-même et reçoit, finalement, que peu de marques d'amour parental.

betty dolls

 

Les petites poupées-fées de Betty Bib, dont j'ai découvert l'univers féerique quelques jours après ma lecture de Violette. Une belle coïncidence comme je les aime :)

Connaissez-vous Betty Bib et ses ouvrages ? Je vous en reparlerai tout bientôt ;)

Il est possible de s'identifier à chacun des trois adolescents, de se reconnaître dans un ou plusieurs de leurs traits de caractère. Ceci étant, Violette demeure le personnage que l'on suit avec le plus grand intérêt (c'est, de toute façon, son point de vue qui nous ai livré). J'ai été très touchée par sa sensibilité, sa créativité. Sa passion pour les petites fées de Casper Dream n'a rien d'enfantine, elle lui permet de s'échapper mais aussi stimule sa propre imagination puisqu'elle confectionne elle-même des petites fées en tissus, qui peuplent sa chambre. Le portrait en creux de son auteur favori intrigue et, tout comme elle, nous finissons pas avoir drôlement envie de le rencontrer ! 

Violette est donc un roman à la fois grave et solaire, tendre et malicieux, qui aborde un nombre de thèmes considérable sans jamais nous laisser sur notre faim ; toutes les pistes lancées sont parcourues jusqu'au bout, les questions ouvertes trouvent leurs réponses, les problèmes leurs solutions. La fin est d'ailleurs très émouvante, à l'image du récit tout entier qui, s'appuyant sur le quotidien d'une héroïne apparemment banale, nous offre une délicate radiographie de l'adolescence, tout en nuances et complexité, mais surtout pleine de charme ainsi qu'un chant d'amour à la créativité, à la littérature, à l'importance d'être soi-même avant tout, de ne pas entrer dans les rangs.

A noter, les jolies illustrations qui jalonnent le récit ainsi que les citations qui ouvrent chacun des chapitres, signées Casper Dream, qui nous présente ses fameuses petites fées.

Bonne semaine à tous :)