Bonjour mes Doux :)

Entre deux lectures hivernales, gourmandes ou féeriques, s'est glissé ce roman de Joyce Maynard, auteure découverte en 2013 avec Les Filles de l'ouragan, dont je garde un excellent souvenir, tout comme de ma lecture -non chroniquée- de ses chroniques rassemblées dans Une adolescence américaine. Alors que Et devant moi le monde et Baby Love m'attendent depuis un bout de temps dans ma PAL, j'ai fait récemment l'acquisition de Long week-end, bien décidée à le lire avant la sortie en salle de son adaptation signée Jason Reitman qui sortira prochainement sous le titre Last Days of summer.

Un très beau titre qui donne immédiatement une idée des qualificatifs que l'on peut attribuer à ce roman : mélancolique et solaire. On peut alors s'étonner de ce dernier lorsqu'on a connaissance du sujet que met en scène l'auteure :

Alors qu'ils font quelques courses au supermarché -une de leurs exceptionnelles sorties- la veille du long week-end férié du Labor Day, une femme et son jeune fils de treize ans, sont vivement priés par un homme de le conduire et de l'héberger chez eux, le temps qu'il se remette de ses blessures. Il s'agit, ni plus ni moins, d'une prise d'otage, puisque l'homme en question est un criminel en cavale.

Labor-Day-Joyce-Maynard

Séquestrés dans leur propre foyer, Adèle et Henry vont pourtant vivre les plus belles, riches et intenses journées de leur existence. En effet, l'irruption de cet étranger dans leur vie morne et routinière, vient les délivrer de leur solitude, de leur véritable enfermement. C'est un malicieux paradoxe que met en place l'auteure, faisant de ce huis clos une émouvante invitation au voyage. Cette rencontre inopinée est une de celles qui n'arrivent qu'une seule fois dans la vie, comme si les cartes avaient été soudainement, miraculeusement redistribuées, une seconde chance offerte, une renaissance possible.

J'ai été totalement happée, séduite, émue par ce récit -cousin germain du film Un Monde presque parfait de ce cher Clint- qui ne souffre d'aucune longueur et laisse rarement place à la noirceur, bien au contraire. On se sent incroyablement bien au coeur de ces courts chapitres qui défilent à une vitesse folle, au rythme de la voix d'Henry, cet adolescent à la fois très mature et naïf, qui n'aspire qu'à deux choses : voir sa mère heureuse et ne jamais vivre sans elle. La relation qui les unit est aussi séduisante que désarmante, Adèle traitant son fils comme un adulte, elle lui parler très ouvertement de ses fausses couches et rêves déçus. Henry se montre, sans surprise, débrouillard, brave et courageux, mais n'en reste pas moins à la lisière de l'enfance et de l'adolescence, taraudé par son désir sexuel naissant, hanté par quelques visions coquines mais toujours en demande d'attentions et de chaleur maternelles. Entre eux, Frank parvient à se faire une petite place, et tandis qu'il enseigne avec patience les rudiments du base-ball à Henry et lui confie les secrets d'une tarte réussi, c'est l'envie d'aimer qu'il fait renaître dans le coeur d'Adèle, cette femme magnifique, ancienne danseuse mais que l'on devine meurtrie, fanée depuis son divorce. Une belle plante exotique, colorée, exhalant de riches parfums qui ne demandait qu'à être à nouveau choyée, se sentir désirée, considérée, dans le regard d'un homme, autre que sa progéniture.

last days

Pendant que ces trois âmes esseulées se découvrent et se consolent, d'autres personnages évoluent autour d'elles et viennent enrichir, complexifier, densifier récit et intrigue : le père de Henry, ainsi que sa nouvelle famille (femme et enfants), Evelyn, ancienne amie d'Adèle, et son fils handicapé Barrie, ainsi que la jeune et déconcertante Eleanor, avec qui Henry se lie rapidement d'amitié. 

Long week-end est donc un roman surprenant, un apparent huis-clos qui se métamorphose, par la magie des mots subtilement choisis pas l'auteure, en une grande bouffée d'air pur et revigorant. Une prise d'otage dont les premières victimes ne sont pas les personnages mais les lecteurs, transportés par une prose limpide, vive, pleine de tendresse et de malice. A vrai dire, c'est de manière plus que consentante que je me suis livrée à Joyce Maynard qui a su m'intriguer et m'enthousiasmer dès les premières scènes d'une réelle intensité narrative et dramatique.

De quoi attendre avec impatience la sortie du film et surtout poursuivre avec bonheur la découverte de sa bibliographie.