Bonjour, bonjour !

Aujourd'hui, je vous présente un roman dont les quelques critiques lues ici et là avaient eu le don de titiller ma curiosité. Présenté comme un thriller romantico-fantastique et publié au Éditions Milady -davantage connues pour ses romances-, Au coeur du silence, de Graham Joyce s'annonçait peu banal. En outre, son sujet enneigé s'accorde à merveille avec mon thème hivernal : que de bonnes raisons de succomber lorsque je suis tombée sur un exemplaire flambant neuf à cinq euros dans ma librairie adorée !

Aussitôt rapporté à la maison, aussitôt commencé et... dévoré en l'espace de deux nuits, c'est un roman qui aura su tenir toutes ses promesses, en dépit de quelques bémols.

Mais avant le procès, les faits :

Zoe et Jake, un couple de trentenaires, mariés depuis une petite dizaine d'années, passent -comme bien souvent- quelques jours de vacances à la montagne, avec une seule idée en tête : profiter des pistes enneigées en amoureux. Mais dès la première matinée, ils sont victimes d'une avalanche dont ils ressortent miraculeusement indemnes. Vivants mais... seuls. En effet, alors qu'ils regagnent leur hôtel, ils découvrent le petit village des Pyrénées où ils séjournent totalement déserté. Bien décidés à rejoindre la civilisation, ils se mettent en chemin de la station la plus proche mais, irrémédiablement, leurs pas les ramènent au point de départ. Alors qu'ils tournent tout bonnement en rond, ils se familiarisent avec leur "nouvelle vie", entre opulence et oisiveté, tout en tentant de résoudre certains étonnants mystères : les bougies, tout comme le feu dans la cheminée, ne se consument pas, les aliments ne se gâtent pas, l'alcool ne les enivre plus et, peu à peu, ils constatent que leurs souvenirs s'évaporent. Une seule solution leur apparaît : ils doivent se remémorer les goûts, les senteurs, les sensations l'un pour l'autre. Lorsque des bruits étranges se font entendre, des voix, les aboiements d'un chien dans le lointain, lorsque la sonnerie du téléphone retentit ou que des mégots de cigarette rougeoient aux alentours de l'hôtel, les questions se font toujours plus pesantes. Quant aux réponses...

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"Magnifique et déchirant" voilà qui est excessif...

Au coeur du silence se découpe assez nettement en deux parties : la première nous présente les personnages qui se retrouvent dans une situation tout à fait insolite alors qu'ils viennent de vivre le choc d'une avalanche. Ils tentent de multiples expériences pour tâcher d'y voir plus clair, essayent maintes fois de rejoindre d'autres villages, par différents moyens de locomotion. En vain. Puis, dans un second temps, résignés à demeurer sur place, partagés entre le bonheur de vivre un rêve éveillé -qui leur offre l'accès à quantité de nourriture, de marchandises de luxe,...- et cette atroce et inexplicable solitude, ils doivent faire face à un milieu de plus en plus hostile et menaçant et s'interrogent de manière plus existentielle sur leur condition : sont-ils morts ou vivants ? au Paradis ? dans une sorte d'"entre-deux" ?

On bascule alors de l'action un brin redondante (tout comme les personnages, on tourne en rond) au mystère le plus intense.

Aussi, ma lecture a connu deux vitesses.

Les cent premières pages ont peiné à me convaincre et j'ai été très gênée par le comportement des personnages qui passent le plus clair de leur temps à se chamailler comme des adolescents et surtout usent d'un langage très fleuri qui m'a vivement heurtée. Beaucoup de gros mots (ils se donnent du "connard" "connasse" à tout bout de champ) et d'expressions très vulgaires dans ces premiers chapitres qui nous rendent Zoe et Jake très antipathiques (notamment lorsque ce dernier monologue sur le bonheur de "poser une pêche", de "faire un gros caca", lorsqu'il n'a pas de la neige "jusqu'aux burnes" Aheum. Fort heureusement, les deux cents pages suivantes m'ont captivée, si bien que je n'ai pu refermer le roman avant d'en connaître le dénouement qui m'a -en comparaison avec la richesse de l'intrigue- semblé bâclé et tiré par les cheveux. Dommage. Néanmoins, même si cette fin m'a quelque peu déçue, le rythme infernal et l'angoisse que les chapitres précédents m'ont fait connaître et ressentir sont -presque- à la hauteur des meilleurs polars polaires.

J'ai beaucoup aimé l'ambiance qui plane sur l'ensemble de ce roman enneigé ainsi que les descriptions de l'auteur dont le style s'affine au fil des pages. La montagne est aussi sublime, somptueuse que menaçante ; on visualise parfaitement cette immensité immaculée, cette neige à perte de vue ; les pistes de skis désertes, tous ces restaurants et bars à portée de mains sont tantôt réjouissants tantôt terrifiants. Par ailleurs, la mystérieuse situation dans laquelle sont plongée Zoe et Jake les amènent à se poser des questions profondes et intéressantes sur la vie, la mort et l'amour ce qui nourrit, du même coup, la réflexion du lecteur qui est invité à s'interroger sur sa propre vie, son propre destin. Le couple se fait de plus en plus attachant, on apprend à les connaître, on découvre leur passé, leur relation avec leurs parents (les chapitres consacrés à leurs pères respectifs sont extrêmement émouvants).

Il faut profiter de chaque instant, voilà une des nombreuses conclusions que l'on peut tirer de cette expérience existentielle et unique. 

Même s'il met en scène un couple, Au coeur du silence ne s'impose pas comme une romance traditionnelle mais mêle très habilement métaphysique et fantastique, angoisse et relations humaines. Un roman plutôt atypique qui divertit autant qu'il fait réfléchir, une lecture prenante, enthousiasmante, une intrigue solide, qui gagne en épaisseur et en profondeur au fil des pages qui semblent s'envoler. J'espère que les Éditions Milady nous offriront d'autres ouvrages de ce genre.

Encore une bonne pioche pour mon challenge hivernal !

Bonne journée mes Doux :)