Bonjour mes Chers :)

J'espère que vous vous portez bien et que votre semaine se déroule en toute quiétude. Ces derniers temps, je me trouve fort chanceuse : j'ai eu l'occasion de visiter de très belles expositions, de faire d'agréables balades dans Paris, de voir beaucoup -énormément, serait plus juste !- de films et je suis tombée sur maintes heureuses opportunités à la bibliothèque ainsi qu'en librairie. Pas mal de petits plaisirs, de jolies nouveautés sont venues agrémenter ma garde-robe ainsi que ma boîte à bijoux ! J'espère pouvoir vous parler de tout ça au plus vite.

Parmi les réjouissances du moment, il faut compter le merveilleux ballet que j'ai pu admirer dimanche après-midi, dans le cadre des retransmissions en direct du théâtre du Bolchoi jusque dans nos salles de cinéma, en France mais aussi en Espagne, au Maroc, en Allemagne,... Un peu partout autour du monde, en somme. C'est étonnant et émouvant de se dire que nous sommes des milliers -voire bien plus- d'amateurs de danse à jouir du bonheur de voir virevolter les Etoiles du Bolchoi au même instant !

Dimanche, c'est une toute récente re-création du ballet Les Illusions Perdues créé initialement en 1936. Je n'ai pas encore lu le roman de Balzac, publié entre 1837 et 1843, dont il est librement inspiré, mais la Comédie Humaine balzacienne m'est infiniment précieuse. Que de grands moments de lecture j'ai passés en compagnie des héros (et anti-héros) nés sous la plume de l'auteur !

Balzac est un formidable conteur, cela n'est plus à démontrer, mais il est aussi un brillant costumier, scénographe, décorateur, et fin psychologue. Ses descriptions généreuses, précises voire maniaques n'ont pas échappé à ses admirateurs et il n'est donc pas étonnant de constater la quantité d'adaptations (cinématographiques et télévisuelles) faites de son oeuvre colossale. J'avais déjà eu l'occasion de voir sur la scène de l'Opéra des adaptations de roman, La Dame aux Camélias ou encore L'Histoire de Manon, adapté de Manon Lescaut, et j'en avais toujours été amplement satisfaite.

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J'avais donc fort hâte de découvrir ce ballet... Lorsque la danse -ma passion- se met au service de l'oeuvre d'un auteur qui compte parmi mes favoris... Comment aurais-je pu résister ?

Et il est bien peu dire que je n'ai pas été déçue ! Tout au contraire, j'ai été littéralement transportée par cette toute nouvelle version (2011) de ce ballet en trois actes qui réinvente le roman balzacien tout en faisant preuve d'une honnêteté et d'une grande fidélité envers l'auteur. Gageons que la participation de Guillaume Galllienne en tant que consultant à la dramaturgie n'est pas étrangère à cette réussite.

Dans cette version signée Alexeï Ratmanski, Lucien -pauvre et ambitieux provincial- n'évolue plus dans le monde des lettres mais de la danse. En effet, le chorégraphe a choisi de faire du jeune homme un compositeur de ballet qui -à l'instar de son double littéraire- connaîtra ascension fulgurante, succès, désillusions et chute. L'action se déroule au coeur de Paris, entre l'Opéra, lieu de débauche et les appartements de Coralie, danseuse dont s'est épris Lucien.

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Lors de son passage à l'Opéra de Paris en janvier dernier, ce ballet avait suscité quelques vives critiques dont je me souviens assez bien. Les journalistes -notamment du quotidien Le Monde- avaient jugé ce ballet "excessif" voire "écoeurant", l'intrigue "tarabiscotée", la chorégraphie "saccadée", la musique "étourdissante".

Mais le projet balzacien, cette fresque dont on ne voit -pour notre plus grand bonheur- jamais la fin, n'est-il pas aussi ambitieux qu'étourdissant ? L'écriture même de notre cher Balzac n'est-elle pas justement tout cela et son contraire ?! Une écriture enivrante, généreuse, passionnée ! Ses héros sont animés, agités, perdent bien souvent la raison, les excès en tout genre ont raison d'eux, leur ambition démesurée leur fait perdre pied. Ils n'appartiennent plus à ce monde, ils volent haut, très haut, bien trop haut, dans d'autres sphères, si bien que le lecteur les perd de vue un instant avant que Balzac, l'oeil malicieux, lui tende une main bienveillante pour le mener vers un dénouement qui laisse à bout de souffle. Aussi, lorsque la chorégraphie -la partie de Lucien notamment- se montre quelque peu saccadée voire épileptique, je n'y ai vu que le débordement d'énergie du jeune homme, galvanisé par le succès qui lui tend les bras, par cette vie parisienne qui le grise. De la même manière, lorsque la musique de Leonid Desyatnikov frôle la discordance, j'ai entendu les battements de coeur des personnages, le pouls de la Capitale, le tourbillon des plus grandes émotions, celles qui ensorcellent, qui nous font rire aux éclats, mourir de chagrin, imploser de bonheur. C'est l'espoir inattendu, l'amour qui nous entraîne dans sa folle farandole, l'euphorisante créativité qui nous enfièvre,...

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Par ailleurs, la mise en abyme est aussi passionnante que vertigineuse. Qui admirons-nous sur la scène du Bolchoi ? Le journaliste balzacien ? Le compositeur créé par Ratmanski ? Qui s'offre à notre regard ? Les danseurs du Bolchoï ? Les personnages nés de l'imagination de Lucien ? Coralie est-elle Coralie ? La Sylphide ? Une merveilleuse Etoile russe ? J'en avais l'esprit tout agité, euphorisé par la puissante énergie qui irradie de cet étonnant spectacle complexe, multiple, total.

Les danseurs sont absolument fabuleux -même si j'ai regretté que le rôle de Lucien ne soit pas tenu par David Hallberg-, les costumes aussi nombreux que sublimes -que de belles étoffes, des robes tout en volumes, des coiffes, des masques, détails et accessoires des plus soignés-, et les décors de Jérôme Kaplan très impressionnants, faisant de chaque scène un envoûtant tableau, en parfaite harmonie avec les émotions des personnages.

Les Illusions perdues est un ballet qui mêle subtilement humour et mélancolie, tendresse et puissance, le burlesque côtoie le sublime, la grandeur s'illustre dans chacun des mouvements de la chorégraphie, dans chacune des notes du livret, dans chaque couleur du moindre morceau de satin.

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Ratmanski rend un hommage des plus émouvants et respectueux à l'auteur français, à sa fougue, à sa malice, à sa drôlerie mais aussi à sa finesse d'esprit et à sa clairvoyance.

Une oeuvre qui donne envie de danser autant que de lire, un hymne à la création et à l'art dans tous leurs états.

Si l'occasion se présente à vous, mes Doux, de (re)découvrir ce ballet, n'hésitez pas un instant, il ne pourra que ravir tout vos sens... et votre coeur.

Bonne journée à tous :)