Bonjour tout le monde !

J'espère que vous avez passé un bon et beau week-end, le tout dernier du printemps puisque le prochain nous verra célébrer l'arrivée de l'été, à grand renfort de tambours et trompettes puisque ce sera également la fête de la musique !! Et oui, déjà ! Incroyable comme le temps file !

C'est à nouveau un très beau roman qui va nous occupés aujourd'hui, un coup de coeur pour moi, et -surtout- une énième recommandation signée Milly Poppins ! En effet, c'est notre Bonne Fée des livres qui m'en avait parlé l'été dernier alors que je venais de voir avec bonheur Beignets de tomates vertes. Je me souvenais de l'adaptation-ciné Le Secret de Lily Owens, qui ne m'avait pas du tout attirée au moment de sa sortie en salles, mais le résumé du roman me tentait plus que beaucoup. C'est ma lecture d'Un été à Savannah qui, près d'un an plus tard, m'a remis ce titre en mémoire et pour cause, ces deux romans comptent quelques points communs puisqu'ils nous font partager l'été de deux jeunes filles, dans la torpeur du Sud des Etats-Unis et la chaleur des coeurs des femmes. Pardon, reconstruction, solidarité, amitié, féminité, mais aussi drames, deuil et racisme en sont les principaux thèmes.

Le Secret des abeilles se déroule durant l'été 1964, en Caroline du Sud. Lily, âgée de quatorze ans, vit avec son père -un homme odieux et violent qui ne lui montre aucun signe d'affection mais dont chaque regard brûle de haine- élevée par sa nounou noire, Rosaleen, depuis la mort tragique de sa mère alors qu'elle n'avait que quatre ans. Une mort qui l'obsède, dont elle se sent (se sait ?) responsable. C'est donc une forte culpabilité qui pèse sur les épaules de cette jeune fille qui rêve de devenir écrivain et trouve refuge dans l'écriture. Lorsque Rosaleen est blessée au cours d'émeutes raciales, elles fuient ce climat de violence et prennent la direction de Tiburon, nom d'une bourgade inscrit au dos d'une petite image ayant appartenue à la mère de Lily, représentant une Vierge noire. Cette illustration mystérieuse va les mener jusqu'aux soeurs Boatwright, August, June et May, auprès desquelles elles tenteront de se construire une nouvelle vie.

Voici un roman poignant et frais, solaire, rempli d'émotions, d'humour et d'amour.

lily soeurs

Comment ne pas s'attacher aux soeurs Boatwright ? Elles sont toutes trois très différentes : l'aînée, August, productrice de miel, est la plus maternelle et celle qui prend Lily sous son aile. D'un part, elle lui transmet tout son savoir en matière d'apiculture puisqu'en échange du gîte et du couvert, Lily devient son apprentis, aux côtés (du beau) Zach ; d'autre part, on sent que c'est auprès d'elle que Lily apprendra ce qu'elle doit savoir sur sa mère disparue, qu'August saura combler les vides et les manques, recoller les morceaux du coeur brisé de l'adolescente. June, professeur au lycée noir et violoncelliste, est plus dure et semble ne pas apprécier, dans un premier temps, les deux réfugiées et se montre très hostile envers Lily. Quant à May qui s'occupe avec soin de la maison et de la cuisine, elle vit dans son petit monde à elle, où les émotions sont exacerbées. C'est avec beaucoup d'intérêt qu'on apprend à connaître chacune des soeurs, découvrant au fil du texte, les secrets et blessures de chacune. Même si Lily est le personnage principal de cette histoire dont elle est la narratrice, les personnages des soeurs sont tout aussi fouillés, importants et intéressants.

filles de marie

Seule Rosaleen m'a semblé un peu en retrait, même si c'est à travers elle qu'est exposé le thème du racisme. En plus des soeurs Boatwright, Lily et sa nounou font la connaissance des Filles de Marie, dont les réunions se tiennent dans la maison rose des soeurs. Quelle joyeuse bande ! Là aussi, aucune n'est en reste et chacune brille par une personnalité atypique. Elles sont charmantes autant que cocasses et tout particulièrement aimantes. Elles sont aussi des piliers de la nouvelle vie que Lily essaye de fonder.

C'est une ambiance des plus chaleureuses qui sert d'écrin à ces belles rencontres. Entre la maison rose et la maison du miel, on aime à se prélasser sur la véranda, savourer la fraîcheur du soir en sirotant une limonade, confortablement installé sur la balancelle qui grince. Les petits plats que mitonnent May et Rosaleen -qui devient son acolyte en cuisine- nous mettent l'eau à la bouche et l'on devine l'odeur des gâteaux à la banane, flottant dans l'air. La demeure des soeurs est un lieu de rencontre, de rendez-vous et de fêtes. Le passage consacré aux célébrations du 15 août, en l'honneur de Marie, est un pur régal ! Le jardin resplendit sous les lampions, les rires fusent entre deux prières et rituels ; l'ambiance est heureuse, l'air empli de bienveillance. Ces instantanés de douceur et de joie sont des éclaircies entre deux vilains nuages.

lily owens

Roman d'ambiance mais aussi de sensualité puisque tous nos sens sont sans cesse sollicités. Nos oreilles frétillent lorsque les abeilles bourdonnent, l'odeur de la pluie chaude ressort de la terre, le vent nous caresse les joues tandis que du violoncelle de June s'élèvent des notes plaintives. L'amour aussi fait battre le coeur de certains personnages et Lily connaît un touchant éveil sensuel, tout aussi doux que le miel, met divin s'il en est, dont la production et les bienfaits et vertus parcourent le roman :

"Nous vivions pour le miel. Nous en avalions une cuillerée le matin pour nous réveiller et une autre le soir pour nous aider à dormir. Nous en prenions à chaque repas pour apaiser notre esprit, nous donner du tonus et prévenir des maladies mortelles. Nous nous en badigeonnions pour désinfecter des coupures ou soigner des lèvres gercées. Il entrait dans nos bains, notre crème pour la peau, notre thé à la framboise et nos biscuits. Rien ne lui échappait. En une semaine, mes jambes et mes bras maigres se sont arrondis et les frisottis dans mes cheveux se sont transformés en mèches soyeuses. August prétendait que le miel était l'ambroisie des dieux et le shampoing des déesses."

J'ai beaucoup apprécié les moments réunissant August et Lily, les plus tendres mais aussi les plus instructifs. August est une femme solide, auprès de laquelle n'importe qui pourrait se reconstruire. Aussi douce et précieuse que le miel, elle est l'exmple même de la bonté. J'ai été sensible au fait qu'elle transmette son savoir d'apicultrice à Lily, des moments de belle complicité au cours desquels on apprend beaucoup sur les abeilles et la fabrication du miel. A ce propos, l'auteure nous livre une bibliographie des ouvrages spécialisés qui lui ont apporté les renseignements indipensables concernant le miel... et les abeilles. En plus d'un fond solide (connaissances sur l'apiculture mais aussi profondeur des personnages et de l'intrigue), Sue Monk Kidd nous offre un roman présentant de grandes qualités d'écriture. Ses phrases sont enveloppantes, très parlantes, imagées ; les mots ne semblent pas associés au hasard (la traduction est vraiment bonne) et forment une mélodie sans fausse note qui donne de l'ampleur aux sentiments, aux sensations évoqués. Ses phrases, tour à tour percutantes, dynamiques, réconfortantes, rassurantes, accompagnent les actes et les pensées des personnages, les portent et les subliment, dans un accord parfait.

lily august

Le Secret des abeilles est un roman sans défaut, qui nous touche et nous bouleverse, nous amuse et nous distrait, nous redonne surtout le sourire et beaucoup d'espoir. C'est chagrinée que j'ai quitté cette communauté féminine à laquelle je rêverais d'appartenir ; j'aimerais tellement, comme Lily, trouver refuge dans une maison de miel, rencontrer une femme aussi généreuse qu'August qui pourrait m'enseigner la vie, me confier le secret de sa sagesse, j'aimerais rire avec les Filles de Marie, porter un chapeau improbable et rendre hommage à la Vierge. Renaître. Je suis tellement heureuse que ces romans existent, ils sont aussi bons pour l'âme et le coeur que du miel et c'est pour cette raison qu'il faut les partager.

Il ne me reste plus qu'à voir le film à présent !

Des bises à tous et une excellente semaine :)