Bonjour, bonjour !

Comme je vous le disais la semaine passée, je me suis offert le plaisir de quelques toiles, toiles de maîtres admirées dans les musées parisiens mais aussi toiles blanches, sur lesquelles sont projetées certaines pépites cinématographiques. Trois d'entre elles m'ont tout particulièrement touchée, trois films que lie le thème de l'art à travers trois époques et trois pays : les Etats-Unis (New York) de nos jours, la Suède des années 80 et l'Italie des années 70.

Je commence par mon coup de coeur dont je vous ai déjà soufflé le titre, Swim little fish swim, un film tout aussi créatif que récréatif, première oeuvre de Lola Bessis, toute jeune femme de 23 ans, qui porte la double casquette de réalisatrice et d'actrice principale. Dans son film, que l'on devine un poil autobiographique, elle incarne Lila, une vidéaste française qui tente de se faire un prénom dans l'ombre de sa mère, une artiste réputée qui ne l'encourage aucunement et ne voit pas d'un très bon oeil l'exil new-yorkais de sa progéniture en qui elle ne croit guère. En galère (rupture et visa qui arrive à expiration), elle trouve refuge chez Leeward, un musicien qui refuse de céder aux sirènes du capitalisme, contre l'opinion de son épouse qui rêve d'un confort petit-bourgeois. Il ne s'agit pas d'une rencontre amoureuse entre la jolie française et le charmant new-yorkaise mais bel et bien d'une rencontre artistique puisque ces deux-là vont se donner la motivation nécessaire pour accéder à leurs rêves.

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Swim little fish swim m'a rappelé des films tels que Francès Ha, Humpday, La fille du 14 juillet ou encore Inside Leewyn Davis, le dernier né des frères Coen... des films qui semblent fait de bric et de broc mais surtout de beaucoup d'idées et d'inventivité, des films "arty" remplis d'authenticité. J'ai totalement succombé au charme de Lola Bessis, à son regard doux et mélancolique. Cette jeune femme est tout bonnement magnifique et sa garde-robe so vintage m'a fait pâlir d'envie ! Un soin tout particulier est apporté à la décoration ; l'appart' de Leeward -où squattent sans cesse une bande de potes musicos- est rempli de couleurs, de bidules rigolos ! A noter que si le jeune homme est musicien (et talentueux) il aime à créer ses mélodies sur les instruments en plastoc de sa fille, l'adorable Rainbow !

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Rempli de fraîcheur, tout en livrant une réflexion pertinente et profonde sur l'art, Swim... donne envie de créer des bijoux avec des perles et des pompons, de fouiner les friperies et les boutiques de déco originales ; on ressort de la salle avec le besoin de colorier, de peinturlurer, qui brûle le bout des doigts, les barrières qui retiennent trop souvent notre besoin de créer, de laisser libre cours à notre imagination, tombent soudainement et c'est tout léger, des couleurs plein les yeux qu'on rentre à la maison, par des chemins de traverse, le nez au vent, en songeant à ses rêves d'enfant.

Film joyeux, Swim... est un beau portrait d'artiste mais aussi de famille. Le couple de Leeward souffre des choix du jeune homme mais on respire un grand coup lorsqu'on pousse la porte de l'appartement familial le soir du shabbat ! Ses parents et grands-parents sont irrésistibles, drôles, pétillants et le soutiennent dans sa quête d'idéal. En outre, la relation entre Lila et sa mère, bien qu'un peu "clichée" connaît une belle évolution. Si le microcosme arty est mis en opposition avec le vilain capitalisme, il n'en est pas moins moqué dans quelques scènes qui soulignent la maturité du film et son intelligence. Les deux réalisateurs (Lola Bessis a un acolyte) n'ont pas choisi de faire l'éloge béat de l'art underground et des artistes, ils en dressent une esquisse des plus sensées et honnêtes.

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Mettant en scène la musique, les arts graphique et la vidéo, Swim... donne l'impression d'un reportage "pris sur le vif" qui lui confère une très belle énergie. A ce propos, la ville de New York apparaît comme le cadre idéal pour une telle oeuvre ; il ne s'agit pas d'un caprice de Frenchies qui ne jurent que par le rêve américain. Non. New York est présentée comme une ville bouillonnante, inspirante, énergique,... à l'image du film, en somme. Charme et modestie sont deux des qualités de cette joyeuse errance artistique qui ne lésigne pas sur les moments de grâce.

Direction la Suède et les années 80 à présent avec We're the best, de Lukas Moodyson, (qui adapte un roman graphique écrit par sa femme) une chronique adolescente musicale, mettant en scène deux jeunes filles qui décident, par goût mais aussi par défi (en gros, pour faire chier les mecs ^^) de monter un groupe de punk, genre musical prétendu mort. Mais Punk is not dead, voyons, et ces fortes têtes qui n'ont jamais touché une corde de guitare sont prêtes à tout pour le prouver. Pour cela, elles peuvent compter sur une amitié totalement inattendue avec une troisième larronne, Hedvig, élevée dans la foi catholique. Cette jolie blonde aux manières sages se révèle une excellente guitariste et une âme toute sensible, qui n'attendait qu'un signe pour s'émanciper quelque peu. Un personnage tout en délicatesse qui m'a beaucoup touchée. 

we are the best

We're the best a beau grésiller de riffs punkiens, il est avant tout un film très juste sur l'âge ingrat, qui nous parle d'amour et d'amitié, de jalousie et de rivalités, des difficultés parents-enfants, des années collège (et des satanés cours de sport !). Le mal-être adolescent, notamment lorsqu'on ne s'accepte pas physiquement, est mis en scène avec beaucoup de pudeur.

Le regard que pose le réalisateur sur ses petites héroïnes est tout en sensibilité ; il parvient à se mettre à leur hauteur pour capter le moindre geste, le plus simple des regards ou fugace sourire, à la manière de Céline Sciamma pour son magnifique Tomboy. Ce sont les petits détails d'un quotidien banal (coup de fil longue durée avec la copine, embrouille avec le petit frère agaçant, repas familiaux, le cadeau de Noël bien moisi -en l'occurrence, un morceau de fromage !!- qui ne fait marrer que les parents et leurs potes dégénérés, les pleurs de la mère célibataire,...) mais dépeints avec grâce qui font la force et la solidité de cette petite tranche de vie.

En outre, les trois jeunes actrices (mais aussi ceux qui incarnent les adultes de leur entourage) sont plus que convaincantes et étonnent par leur naturel qui renforce notre sentiment de vivre cette petite-grande aventure avec elles, à leurs côtés. Grâce à leur jeu, leur spontanéité,, et la sensibilité du réalisateur, on revit notre propre adolescence en plongeant littéralement dans ce film qui incarne parfaitement la vigueur et la joie qui émanent de la musique punk.

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Il serait donc dommage de le snober au prétexte que le punk n'est pas notre tasse de thé (ou pinte de bière) puisque la liberté et le besoin d'expression indispensables à l'épanouissement personnel est un thème qui s'accorde à toutes nos mélodies intimes.

Après cette escale tout à fait revigorante mais quelque peu gla-glaçante (l'hiver suédois est rude, les Amis) gagnons l'Italie, entre Roma et la playa, pour quelques semaines estivales en compagnie d'un plasticien avant-gardiste et sa petite famille, avec Ton absence, de Daniele Luchetti. A nouveau, le personnage principal de ce film autobiographique (le réalisateur nous fait partager une part de son enfance) est un artiste, Guido, souhaitant évoluer en marge des conventions, au détriment des siens. En effet, non seulement son ambition semble passer avant ses deux fils et sa femme mais, plus odieux encore, il ne peut s'empêcher de tromper cette dernière avec ses modèles. Lorsque Serena, aussi magnifique qu'amoureuse, décide de passer l'été dans un camp féministe, c'est tout un équilibre machissimo qui s'effondre. 

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Ton absence aborde l'importance pour un créateur de s'affranchir des règles imposée par la société, de son besoin d'être lui-même même si cela signifie "être différent" et des difficultés que ces choix engendrent. Mais si ce film m'a bouleversée, c'est pour le délicat portrait de femme qu'il dresse. En effet, si le personnage du père-artiste permet au réalisateur de faire entendre un discours intéressant sur la condition de créateur, c'est celui de la mère qui nous touche et qui donne à l'oeuvre tout son éclat. Luchetti semble avoir filmé son actrice avec autant d'émotions qu'il aurait filmé sa propre mère, à laquelle il rend un émouvant hommage. C'est le coeur tout serré mais aussi les poings solidement fermés qu'on suit son évolution sur le chemin de l'émancipation. Les poings fermés car, s'il faut se battre pour s'imposer en tant qu'artiste, Dieu qu'il est difficile de faire entendre sa voix lorsqu'on est une femme, même la plus simple qui soit, la plus modeste, la plus discrète.

Si j'ai été très touchée par ce destin féminin, j'ai trouvé très émouvant de découvrir les premier pas de Luchetti sur la belle et longue route du cinéma. En effet, c'est au cours de cet été atypique que le jeune Dario (qui incarne le réalisateur) fait ses premières armes, grâce à la caméra que sa grand-mère lui a offert. C'est en filmant ses vacances, sa famille, ses souvenirs d'enfance gorgés de soleil que sa vocation se dessinera.

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Film sur l'éveil, artistique, amoureux (et oui, les amours de vacances, quoi de plus précieux ?!) mais aussi charnelle, Ton Absence nous ensorcelle telle la chantante langue italienne, un régal pour nos oreilles.

C'est donc l'angle de l'art qu'ont choisi ces quatre réalisateurs pour explorer les thèmes de la passion et de l'épanouissement personnel. Avec chacun leurs qualités et leurs défauts, leur naïveté et leur authencité, ces trois films nous rappellent l'importance de croire en nos rêves, qui nous définissent et nous construisent, sans lesquels nous ne pouvons vivre pleinement, de manière satisfaisante.

Ne pas vivre seulement à moitié demande bien des sacrifices et les obstacles à surmonter sont nombreux, lorsque l'on désire s'affirmer en tant qu'artiste mais cela vaut pour tous les rêves possibles : connaître une belle carrière, réussir ses études, être un bon parent, un excellent sportif,... Tous les rêves sont des défis pour lesquels il faut se donner à fond.

On peut, néanmoins, faire le choix d'une vie toute simple et modeste ou ne pas avoir de grandes ambitions ni d'idéaux ; une existence tranquille est des plus tentantes puisque, manifestement, s'épanouir, c'est lutter, c'est prendre des risques avec, en tête, celui de l'échec. Mais ce que nous montrent ces trois films est qu'il faut toujours, quoi qu'il arrive, croire en soi, que l'on décide de se laisser flotter paisiblement sur une mer calme ou d'affronter l'océan à contre-courant

Il me semble que ces trois films n'ont pas beaucoup fait parler d'eux et n'ont pas connu la même chance que les "blockbusters" sortis les mêmes semaines. Les voir n'est sans doute pas chose aisée puisque peu de salles les diffusent, même dans les grandes villes... Quel dommage... Cependant, j'espère vous avoir donné envie de passer du temps avec ces beaux personnages, de découvrir leur quotidien, d'apprendre auprès d'eux, d'enrichir à leur contact votre vision de la vie et du monde. Retenez bien les titres de ces petites pépites et peut-être que leur sortie en DVD sera pour vous l'occasion d'un rendez-vous :)

Plein de bises :))