Bonjour, bonjour !!

Comment allez-vous ? Avez-vous passé une belle semaine ? La mienne a été bien remplie et j'ai tout plein de choses à vous raconter et à vous montrer ! J'ai assisté à mes deux derniers cours de dessin et nous avons organisé un déjeuner très sympathique jeudi. Je vous montrerai quelques clichés de la belle terrasse du centre qui était tout ensoleillée pour l'occasion ! J'ai également fait de belles et grandes promenades à travers Paris, réservé quelques spectacles et autres réjouissances, fait de petits achats utiles et emprunts livresques fort plaisants, notamment les carnets souvenirs de Mamette que je dévore ! Il ne me reste que le troisième (et dernier) mais aussi les tomes 4 et 5 de la bande-dessinée, ouf ! Si vous ne la connaissez pas, je vous encourage plus que vivement à rencontrer cette petite mamie en forme de religieuse (la pâtisserie, pardi !). Au programme également, la très belle exposition consacrée aux fêtes galantes, de Watteau à Fragonnard. J'espère pouvoir vous en parler mais le temps file si vite... Ceci étant, la météo chagrine du jour laisse présager une journée-cocon alors pourquoi ne pas en profiter pour rédiger quelques billets, entre quelques pages de roman (je pense commencer Le Livre d'un été, de Tove Jansson) et du repos ?

En attendant nos retrouvailles prochaines, c'est en bonne compagnie que je vous laisse, en vous souhaitant à tous un excellent week-end, qu'il soit casanier ou mondain :)

Une fois n'est pas coutume, la gente masculine est mise à l'honneur aujourd'hui à travers la littérature, puisque le roman dont je vais vous entretenir a non seulement été écrit par un homme mais met également en scène un specimen du genre.

Et quel specimen ! 

Le surnom de Richard, "Chiffo", abréviation de "Chiffonier", lui va comme un gant. Et pour cause, celui-ci est un passionné de récup', un amoureux de la vieillerie qui lui vient de l'époque où, étudiant aux Beaux-Arts de Detroit, il officiait au centre de distribution de l'Armée du Salut. Un "boulot à la con" dit-il mais qui lui aura non seulement permis de réunir ses premiers trésors mais aussi de trouver sa voie. Utilisant, dans un premier temps, ses trouvailles pour nourrir son art, il réunit, doucement mais sûrement, les bricoles qui constitueront le stock de la boutique qu'il ouvre grâce à l'héritage laissé par son père. Un bric-à-brac qui offre un aperçu de ce qu'était le quotidien des années 30 jusqu'aux années 80 : tableaux, coupes de bowling, vaisselle, vêtements,... on trouve de tout chez Chiffo, des objets les plus anodins aux plus insolites ; il s'agit avant tout d'articles que Chiffo, lui-même, apprécie car c'est avec beaucoup de coeur qu'il exerce son métier. A ses yeux, l'"antiquaille" est un précieux témoin du temps, des objets qui ont une histoire, une âme, un passé.

vide grenier

Selon lui : "posséder quelque chose qui a un jour appartenu à d'autres permet d'établir un contact secret avec eux, avec leur passé."

Alors, pour remplir sa mission, Chiffo écume les vide-greniers, serpente de ventes de succession en brocante. C'est dans cette petite routine qu'on le suit : on se lève tôt (de préférence) puis on compulse les annonces du jour dans les journaux locaux tout en sirotant un thé bien fort et bien sucré ; on chipe au vol un biscuit fourré avant de grimper dans la fourgonnette, en direction d'une première caverne d'Ali Baba. Il est important d'arriver tôt, avant même l'ouverture des portes, prendre un ticket (être dans les vingt premiers arrivants est souhaitable) et attendre son tour. Ouf ! Cette besogne remplie, retour à la boutique où on attend le chaland tout en astiquant les dernières acquisitions que l'on dispose astucieusement.

Chiffo est donc un homme tranquille, qui vivote tranquillement, se contente de plats cuisinés, de zapping à la télé, de quelques échanges avec de rares connaissances, entre deux visites à sa mère, hospitalisée.

Lorsque celle-ci décède et que Chiffo et sa soeur (une pète-sec au bon coeur, finalement) héritent de la maison familiale, le cours paisible de sa vie dévie quelque peu. Enfermé dans des cartons, c'est le passé de ses parents qu'il découvre, leur vie avant sa naissance, la beauté de sa mère et surtout la passion de son père pour la photographie. Tout un tas de rêves enfouis et enfuis. Une carrière avortée au nom de la famille et des responsabilités.

family

A cette même période, une jeune femme toute de fripes vêtue, fait son entrée dans la boutique et dans la vie de Chiffo. Elle se prénomme Theresa, est tout aussi passionnée que lui par la vieillerie mais surtout tout aussi cabossée que la marchandise exposée. Employée dans un refuge pour animaux, elle a la lourde tâche d'euthanasier chats et chiens abandonnés ou honnêtement laissés par leurs propriétaires, persuadés qu'ils trouveront rapidement une nouvelle demeure. Faux. 

Entre ces deux-là, une relation se noue, complice, amicale, sexuelle. Amoureuse ?

Quoi qu'il en soit, si Chiffo aime les articles de seconde main, met un point d'honneur à offrir aux objets délaissés un nouveau foyer, c'est en "réparant" Theresa et en donnant une seconde chance aux ambitions de son père qu'il va lui-même redonner un nouveau souffle à sa vie. 

Specimen masculin plutôt intéressant, mes Chers, n'est-ce pas ? Et terriblement attachant, ce qui ne gâche rien. J'ai beaucoup apprécié le personnage de Chiffo, sa philosophie de vie, le regard qu'il pose sur les objets qu'on abandonne après les avoir pourtant convoités ; j'ai aimé partager son quotidien, passer de longues heures dans sa boutique, le suivre à travers Detroit et ses nombreux vide-greniers, en apprendre encore et toujours sur l'art de chiner. L'auteur nous offre, à travers de très courts chapitres, des précisions et descriptions très informatives concernant les objets dénichés par Chiffo, qui nous révèle peu à peu sa conception de la brocante. J'ai trouvé très pertinent le rapprochement qui est fait entre le personnage de Theresa (et Chiffo lui-même) et la marchandise de seconde main ; les âmes et les corps humains pareils aux objets, et inversement, ont besoin d'attention, de soin et de réparation. Pour cela, il faut qu'une main se tende, une main qui ne se serait sans doute jamais crue capable d'endosser un tel rôle, et pourtant... Pourtant le coeur peut beaucoup.

antiquaire

La relation entre Chiffo et Theresa n'est pas pour autant toute rose et à mesure que la jeune femme révèle ses faiblesses et ses blessures, elle s'emporte contre Chiffo, se montre même odieuse, méchante avec lui qui, après chaque dispute, se traîne de manière assez pitoyable à ses pieds. Je dois avouer que ce "je t'aime, moi non plus" m'a quelque peu agacée. Je n'ai pas apprécié le caractère virulent de Theresa ni le côté larve de Chiffo qui, pour le coup, mériterait d'être rebaptisé "chiffe-molle". 

Voici donc un roman doux-amer, on rit, on a le coeur serré, certains chapitres sont très sombres, désespérés, d'autres beaucoup plus enjoués ; quelques passages peuvent sembler redondants mais ils illustrent à merveille la routine de Chiffo, la quotidienneté, l'ordinaire de son existence peinarde, le train-train des brocantes où l'on croise les mêmes trombines mais où l'on se rend en caressant toujours le même espoir de dénicher un trésor. Et si celui-ci est une bricole à 50 cents, c'est encore mieux, car ce n'est évidemment pas le prix qui fait la valeur de ces objets mais, vous l'aurez bien compris, la profondeur de leur âme et le pouvoir qu'ils peuvent exercer sur les Hommes, qui retrouvent en eux tout un pan d'une jeunesse envolée, des souvenirs enfuis qui rejaillissent soudain

toys

Sans être un roman follement optimiste, c'est le coeur chargé d'espoir et le sourire aux lèvres qu'on quitte Chiffo, honoré d'avoir fait sa connaissance et enchanté d'avoir découvert un auteur car, si Michael Zadoorian excelle dans la description, s'il croque ses personnages à la perfection, s'il nous enseigne l'art de la brocante avec simplicté et érudition, il fait montre d'un talent de conteur indéniable et est doté d'une plume exquise. J'ai relu certaines phrases avec délectation, m'emerveillant de la cohérence entre les mots, par leur sens et leur son ; il a le sens de la formule, sans en faire étalage, elles tombent "comme ça", comme des évidences, comme si les choses ne pouvaient être dites autrement alors même qu'elles n'ont jamais été prononcées avec autant de justesse. C'est une écriture fluide, poétiquement simple, drôle, piquante. A l'image du personnage principal, en somme, sorte de Pierrot la Lune en fripes.

La saison se prête idéalement aux brocantes et autres vide-greniers, l'occasion toute trouvée d'ajouter cette lecture à votre liste ;)

Des bises :)