Bonjour mes très Chers :)

Comme je vous le disais dans mon billet de vendredi, j'ai eu la chance de voir de très chouettes films depuis mon retour du Maroc (énormissime coup de coeur pour Mommy, du génial Xavier Dolan, sans aucun doute mon film de l'année, voire de la décennie, et excellent moment devant Gone Girl, qui m'a donné TRèS envie de lire le roman dont il est adapté, trop curieuse de découvrir les stratégies narratives de l'auteure pour nous faire croire aux... apparences !). Un rattrapage-ciné des plus heureux qui augure une fin d'année 2014 savoureuse. En effet, non seulement les propositions en ce début d'octobre sont de qualité mais celles qui s'annoncent pour les semaines à venir sont Ô combien titillantes.

J'ai noté pour ce mercredi la sortie de Lilting ou de la délicatesse qui, d'après les images que j'en ai vu, porte admirablement son sous titre. En outre, Ben Whishaw y déploit apparemment toute l'étendue de ses divers talents (artistiques ET physiques) (ba quoi, il est super craquant, non ?!). J'aimerais aussi voir White Bird, adapté d'Un oiseau blanc dans le blizzard, de l'auteure Laura Kasischke, ainsi que Le Dernier métro, l'un des grands événements "Truffaut" de la saison. Quant à la fin du mois, elle sera marquée par deux sorties plus qu'attendues : le nouveau Woody Allen, dont la bande-annonce présente des scènes caustiques à souhaits, et Bande de filles, de Céline Sciamma, qui m'avait déjà conquise avec son précédent film, Tomboy. Oh ! Et puis j'ai repéré une curiosité bien tentante : Chante ton bac d'abord, un documentaire tout en chansons, autour d'une bande de copains de Boulogne-sur-Mer. 

C'est justement d'un documentaire que je souhaite vous parler aujourd'hui, Le temps de quelques jours, de Nicolas Gayraud, vu juste après l'expérimental Le Paradis, d'Alain Cavalier : deux oeuvres qui entretiennent des liens étroits, infiniment personnelles et pleines de vie, deux beaux specimen d'un cinéma intelligent, stimulant et émouvant qui n'hésite pas à s'aventurer hors des sentiers battus pour nous donner encore plus de plaisir, celui-là même que procure un voyage en terre inconnue, à la rencontre de l'Autre, à la découverte de soi-même.

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Ce ne sont pas que des mots, mes Chers, mais ce que j'ai profondément ressenti tout au long du film de Nicolas Gayraud qui m'a poursuivie longtemps, longtemps. Une chose est certaine, jamais je n'oublierai les rencontres que le réalisateur m'a permis de faire cet après-midi-là, entre les boulevards Saint-Michel et Saint-Germain, en plein coeur du Quartier Latin, soit à mille lieues de l'abbaye cistercienne de Bonneval où il a choisi de poser sa caméra... le temps de quelques jours.

Si le documentariste a souhaité pousser les portes de ce lieu de vie et de recueillement, c'est pour y suivre, dans leur quotidien, la trentaine de moniales qui l'habitent et le font vivre. Âgée de vingt-six à quatre-vingt-seize ans, elles partagent leurs journées entre prières, promenades et travaux manuels (domestiques, agricoles, ouvriers,...). Une vie monastique des plus remplies qui se déroule néanmoins tout en douceur au sein d'une splendide nature propice au recueillement et à la contemplation.

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Nous suivons les pas de quelques-unes de ces femmes, plus charmantes les unes que les autres, qui nous livrent confidences et leçons de vie en toute simplicité et avec un humour et une grâce infinis. Quelle humilité et quelle malice dans leur regard comme dans leurs paroles. J'ai été touchée par les rires timides de la jeune et douce Soeur Aleksandra, venue de Pologne, et j'ai tellement ri aux côtés de Soeur Anne-Claire, ancienne ingénieure de trente et un ans, qui évoque "les fringues, la bouffe et les bagnoles", sans mâcher ses mots. Pas plus que le fait la doyenne, Claire, à l'humour dévastateur et fervente partisane de l'oraison buissonnière ! Elles nous parlent de la vie comme elles la voient mais comme nous, prisonniers de notre monde qui file à mille à l'heure, nous ne la vivons plus. C'est un fait malheureusement avéré, nous ne prenons plus le temps d'observer ce qui nous entoure, d'écouter ceux qui nous font suffisamment confiance pour se confier ; nous peinons à vivre dans la pleine conscience, toujours pressés, souvent oppressés, par nos envies, nos désirs et les sollicitations qui nous entourent. De ce fait, Le temps de quelques jours est un film qui apaise et qui nous reconnecte avec nos propres vies et qui, Ô miracle !, sans jamais se faire apologétique ni donneur de leçon, nous rappelle les fondamentaux qui nous font défaut. 

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Entre deux témoignages et éclats de rire, nous découvrons les différentes activités qui rythment ce quotidien filmé pour la toute première fois. On découvre alors que la vie monastique n'est pas faite uniquement de solitude et de silence, et même si la communauté se rassemble sept fois par jour pour louer le Seigneur, les travaux manuels, considérés comme un facteur d'équilibre au même titre que la prière, tiennent une place très importante. En effet, les soeurs doivent, non seulement, entretenir l'abbaye (fondée en 1147) mais aussi, afin de pourvoir aux besoins de la communauté, proposent un service d'hôtellerie et fabriquent du chocolat. Les visites à la chocolaterie sont l'occasion de rencontrer le maître chocolatier, un homme comme vous et moi, totalement étranger à cette vie de culte, dont le point de vue offre un heureux contrepoint à celui des moniales, une autre objectivité. Il semble évident à l'entendre -et je vous assure que de chacun de ses mots émanent sincérité et authenticité- que travailler auprès de ces femmes l'a transformé : sans faire de lui un homme de Dieu, elles lui ont appris à voir la vie autrement. Il n'en reste pas moins qu'en bon ouvrier, en modeste quidam qu'il est, il continue de trouver extrêmement difficile de prendre son temps, prenant sur lui pour alléger son programme de travail quotidien ! Et oui ! Nous sommes tellement habitués à courir après le temps qu'il n'est pas aisé de lâcher du lest ! Incroyable !

Le bonheur que vivent et ressentent ces dames, celui dont elles nous font l'éloge et à propos duquel elles nous font réfléchir est celui que l'on trouve dans les petites choses simples qui sont à portée de nos coeurs. Avec une simplicité parfois déroutante, sans jamais prendre de grands airs, elles sifflotent leur philosophie de vie qui se déverse sur nous comme une évidence. Mais une évidence qu'il nous faut apprivoiser car nous en avons égaré les codes et les principes.

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Impartial et sans visée didactique, le documentaire se veut aussi vrai et pur que les regards qu'il donne à voir, que les mots qui résonnent longtemps dans nos mémoires après qu'ils ont été prononcés. Epure de l'image et modestie de la démarche se mêlent dans l'oeil neutre de la caméra de Nicolas Gayraud qui se retire bien trop tôt de l'abbaye avec autant de discrétion qu'il y ait entré. Assurément, j'aurais souhaité que ces quelques jours s'éternisent.

Je me suis sentie rassérénée par cette rencontre. Non seulement, je n'ai pas boudé mon plaisir de déambuler dans cette magnifique campagne, entre balade en forêt et rêveries au jardin, mais j'ai éprouvé un évident chamboulement. C'est magnifique de penser qu'avec tant de modestie, du côté des personnalités filmées comme dans les choix esthétiques du réalisateur, il est possible de toucher à l'essentiel. Ce documentaire ne m'a pas transformée sur un plan spirituel (même si les cheminements des soeurs m'ont intéressée et émue) mais il est certain qu'il m'a amenée à me poser des questions, à réfléchir sur moi-même, sur mon quotidien. La philosophie des moniales est très proche de celle que j'essaye d'épouser chaque jour et qui revient -à mon humble niveau- à être à l'écoute de moi-même pour mieux entendre les autres, à prendre le temps de vivre simplement, à ne jamais vouloir toujours plus mais savourer ce qui est offert avec gratitude.

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L'abbaye de Bonneval (clic-clic pour visiter le site :))

Telle une parenthèse enchantée, Le temps de quelques jours fait l'éloge de la lenteur, de la modestie, de la vie et invite à porter un regard désintéressé sur ce qui nous entoure, à tourner le dos à l'opulence, non pour vivre dans un nécessaire dénuement mais tout simplement pour vivre en harmonie avec nous-mêmes et notre monde.

Un documentaire -toujours visible dans quelques salles- que je vous souhaite de pouvoir apprécier à votre tour.

Des bises :)