Hello Darlings !

Je vous parle en direct du Mois anglais ! Et pour cette belle occasion, j'ai choisi de continuer d'explorer l'univers d'Elizabeth Gaskell, grande dame de la littérature victorienne, en lisant Les Confessions de Mr Harrison. J'avoue que, pour le coup, je ne mouille pas trop la chemise car, si ma première étape a été de m'installer confortablement sur mon canapé pour engloutir les quatre épisodes de Nord et Sud, sans même avoir lu le roman, j'ai sélectionné, parmi la bibliographie de l'auteure, ce qui apparaît comme son ouvrage le plus court et sans doute le plus accessible par la légèreté de son intrigue. Mais, qu'à cela ne tienne, mes Chers, je me frotterai aux pavés gaskelliens avec grand plaisir dès que j'aurai devant moi de longues semaines de tranquillité, promis. Cela ne me posera aucune difficulté tant je suis acquise à la cause de l'auteure dont la plume me séduit autant que l'humour et le sens de l'observation. Vous l'aurez compris, cette rencontre littéraire s'est soldée par un fervent enthousiasme sur lequel je vais tenter de mettre quelques mots.

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Confortablement installé dans son salon, au coin du feu, Will, à la demande de son ami Charles, curieux de connaître les secrets de séducteur de son ami, heureux marié et nouveau papa, plonge dans ses souvenirs et nous livre sa confession : celle d'un jeune médecin londonien célibataire, débarquant dans le paisible village de Duncombe pour exercer son art auprès du vénérable docteur Morgan. Si Duncombe doit son charme à la tranquillité qui y règne, ses habitants ne manquent pas pour autant de piquant, d'autant qu'on apprend bien vite que "sur six propriétaires d'un certain rang, quels qu'ils soient, cinq sont des femmes."

Et oui ! "Une abondance de veuves et de vieilles demoiselles", mais aussi de jolies jeunes filles célibataires, qui vont faire tourner en bourrique ce bon et naïf Mr Harrison car, si celui-ci s'attendait à pratiquer la chasse à courre, il ignorait qu'allait être déclarée ouverte la chasse au mari, grand événement dont il sera l'unique proie.

Les invitations pour le tea time se multiplient alors, dames et demoiselles redoublant d'efforts pour tout connaître du nouvel arrivant qui se montre tout à fait charmant acceptant même de participer au "jeu insipide et nigaud" qui amuse la bonne société entre deux scones :

"A peine avions-nous fini de prendre le thé que Miss Caroline sortit un paquet de cartes de conversation -celui-ci se compose de deux lots de petits cartons, les uns proposant des questions intellectuelles et sentimentales et les autres des réponses du même acabit (...)."

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(Illustrations extraites de la série Return to Cranford que je souhaite voir absolument, cela va de soi !)

Les jours à Duncombe s'écoulent, les saisons filent... et les racontars vont bon train, ne tardant pas à mettre à mal la réputation du bon docteur, pris au piège d'un vaste quiproquo sentimental !

Ce n'est pas le Grand Tourbillon Romanesque qui saisi le lecteur plongé au coeur de ces Confessions mais bel et bien le dynamisme des courts épisodes qui les composent. En effet, publié en 1851, sous forme feuilletonnesque, Les Confessions de Mr Harrison s'apparente davantage à une pièce de théâtre, vive et truculente qu'à une longue prose. A mes yeux, il s'agit d'un petit bijou de littérature anglaise, un vrai régal d'humour, fondé sur les apparences, les rumeurs, l'amour aussi !, tout ce qui fait la vie au sein d'une certaine campagne so british au coeur de laquelle j'adorerais flâner. Entre les petits événements, les cancans, le presbytère, le pique-nique, la vente aux enchères,... On ne cesse de parcourir Duncombe et ses environs, à la rencontre de ses personnalités hors du commun ! Car si Mr Harrison est l'objet de toutes les attentions et qu'on se plaît à suivre ses aventures socio-sentimentales, les personnages que j'hésite à qualifier de secondaires tant leur caractère est affirmé n'en finissent pas de nous amadouer. C'est que, sous la plume d'Elizabeth Gaskell, une plume toute légère, qui virevolte au-dessus d'un encrier d'ironique tendresse, ils se dessinent tous plus attachants les uns que les autres. Tantôt cruels, tantôt ridicules, touchants également, ils forment une belle galerie de personnalités.

Le style d'Elizabeth Gaskell participe bien évidemment à la réussite de cette parenthèse enchantée : son humour est divin ! Quel sens de l'observation et de la dérision ! Entre onomatopées et formules qui nous laissent coi, elle ne cesse de nous voler sourires et éclats de rire.

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Morceaux choisis :

"(...) J'ai le plus grand respect pour Miss Tomkinson, mais je vous assure, monsieur, que je convolerais aussi volontiers avec un des soldats de la garde de Sa Majesté. Oui, et que je préférerais même cela, un tel choix me conviendrait mieux, car Miss Tomkinson est une fort digne personne, mais elle a tout d'un grenadier."

"J'exerçais une véritable fascination, c'était entendu, mais ne fallait-il pas croire que j'étais en outre un apollon ? Dès le point du jour, je me levai pour vérifier cette hypothèse devant mon miroir. Si disposé que je fusse à me laisser convaincre, je ne pus discerner la moindre trace de beauté frappante dans mon visage rond, mangé par une barbe naissante et surmonté d'un bonner de nuit, qui ressemblait plutôt à un bonnet d'âne !"

Enfin, si Les Confessions s'avère une petite pépite d'humour victorien, ce bref roman s'impose aussi comme un témoignage qui nous éclaire sur la profession de médecin, opposant le médecin de campagne expérimenté mais vieillissant et, de fait, peu téméraire, au jeune diplômé, prêt à user de nouveaux remèdes quitte à prendre quelques risques. J'ai souvent pensé à certaines scènes de Madame Bovary, à la relation entre Charles Bovary et le terrible Homais qui le pousse dans ses retranchements. Dans ce roman magnifique également, où l'ironie bat son plein, les racontars circulent et les meilleures réputations ont tôt fait d'être ternies.

Une excellente lecture qui gagne à être faite d'une traite pour en goûter toute la vivacité et que je suis ravie d'avoir faite dans le cadre du Mois anglais

le mois anglais