Bonjour mes Chers :)

Laissez-moi, tout d'abord, vous souhaiter une très bonne semaine après ce qui aura été, je l'espère, un excellent week-end. Le mien aura été studieux mais aussi très plaisant, divertissant, entre un cinéma, pour le très bon-poisseux-glauque- Prisoners, le superbe show de la troupe de Cabaret New Burlesque (je n'avais pas vu un spectacle aussi... spectaculaire, enchanteur, drôle, original depuis bien longtemps) et une fabuleuse lecture dont je vais vous parler immédiatement. 

Pour tout vous dire, je rédige ce billet dimanche matin, à 9h25, alors même que je viens de refermer le roman de Laura Kasischke, Esprit d'hiver, incontournable de la rentrée littéraire, que j'ai pu lire grâce à la générosité d'une amie qui l'a fait voyager jusqu'à moi.

J'ai lu ce roman en deux matinées, samedi et dimanche matins donc, de 6h à 9h. C'est un détail qui a de l'importance (je n'ai pas JUSTE l'intention de vous raconter ma vie palpitante ^^) car il s'agit d'une lecture qui -selon moi- doit se faire sur un temps très limité, serré-serré. En effet, la structure du roman, la narration, l'intrigue même -par son déroulement mais aussi son intensité qui va crescendo- inspirent (imposent ?) une lecture "en temps réel".

esprit

Huis clos glaçant-glacial, se déroulant sur une seule journée -la sainte et douce journée de Noël- le troublant Esprit d'hiver est un face à face déroutant entre une mère, Holly, et sa fille de quinze ans, Tatiana, adoptée treize ans plus tôt dans un orphelinat de Sibérie.

L'atmosphère qui règne au sein de cette maison américaine du Michigan, qu'on imagine située dans un quartier résidentiel propret, est aussi étouffante que le récit lui-même, aussi asphyxiante que la lecture vive qu'il impose et qui nous laisse à bout de souffle face à un dénouement que je ne qualifierai pas d'inattendu mais de tranchant : Laura Kasischke ne nous donne pas le choix face à la révélation finale à laquelle on se soumet, presque soulagés. Nous venons de passer plusieurs heures enfermés entre ces pages, tout comme Holly et Tatiana demeurent cloîtrées en cette journée qui s'annonçait bruyante et festive. Le père, quant à lui, est retenu à l'hôpital, auprès de ses parents, malades ; les invités, les uns après les autres, décommandent leur venue au traditionnel déjeuner organisé chaque année par Holly. Satané blizzard.

Satanés fantôme, esprit de Noël, revenant (souvenez-vous du titre du dernier roman de l'auteure...). 

Pourtant, il est serait malhonnête de prétendre que l'auteure ne nous avait pas prévenus. Fidèle à elle-même, Laura K. glisse dans ses lignes affûtées des détails, des touches anodines qui, par leur caractère prémonitoire, deviennent des indices macabres, des petites lumières (de Noël ?) qui confèrent à chacun de ses mots choisis -et bigrement bien traduits- une essence propre et singulière. Par ailleurs, on retrouve dans Esprit d'hiver les motifs-clés cher à LK : ce bestiaire familier, domestique mais étrangement malsain ainsi que ce rapport à la nature, une nature organique, de corps et de pierres, de chair et de sang, de carne et de matrice. Les cailloux se suçotent, les jointures des mains ont un goût de pierre.

Et les héroïnes n'ont plus d'ovaires.

Sont-elles encore des femmes ou des robots ? Des mutantes ? Une mère adoptive est-elle une mère ? Et que dire du patrimoine génétique, de ces malédictions qui lient les membres d'une même famille, envers, contre, malgré tout, qui ne mentent jamais et révèlent les vérités enfouies ?

Mère empêchée, écrivaine frustrée. Holly peine à écrire -n'écrit plus-, peine à mettre au monde les poèmes qui germent en elle, à donner une forme de vie à ces quelques vers qui s'implantent dans son esprit créateur mais ne prennent pas. Des greffes ratées. Elle est une femme, artiste, (pro)créatrice vide et stérile : un rosier sans boutons. J'ai adoré suivre ce fil rouge que tisse et laisse glisser l'auteure, ce fil d'Ariane, qui nous mène sur le chemin sinueux de la maternité et de la création artistique au féminin.

Pour toutes ces raisons, et d'autres sans doute, Esprit d'hiver est décidément une oeuvre à découvrir, un roman tissé de main de maître, conte macabre et intimiste qui ne peut laisser de marbre.